Svenia Busson : “Le travail se transforme, il est beaucoup plus axé sur l’humain”

 

Svenia Busson est membre de Mangrove, une “communauté globale de personnes qui partagent les mêmes valeurs et collaborent pour se développer personnellement”, comme l’explique son site. Créée en 2016, Mangrove invente une nouvelle façon de travailler, fondée sur l’entraide et la liberté. Svenia Busson nous en a dit un peu plus...

 

Quelle a été la genèse de Mangrove ? À quel besoin est-ce que ça répondait ?

Résultat de recherche d'images pour "mangrove svenia busson"

On a créé Mangrove car on ne se retrouvait dans aucune voie professionnelle qui s’ouvrait à nous, qui sortions d’écoles de commerce ou d’ingénieur : ni les grands groupes, ni les start-ups, ni le travail freelance en solitaire. On a donc créé notre propre façon de travailler, qui repose sur le besoin de travailler en collectif. 

Nous sommes chacun sur nos missions et nos métiers à nous -- la plupart d’entre nous sont freelance --, mais au sein d’un écosystème de gens qui s’entraident. Mangrove s’est fondé sur trois grandes valeurs qui étaient extrêmement importantes pour nous : la bienveillance, la liberté et la transparence. C’était fondamental qu’il n’y ait pas de compétition et qu’on soit libres de travailler quand et avec qui on voulait.

 

Concrètement, à quoi ressemble cette manière de travailler ?

Il n’y a pas une journée pareille. On passe un cinquième de notre temps sur Mangrove, à développer la communauté, et le reste du temps sur nos jobs. En fait, le temps se divise en trois : le travail pour Mangrove, le boulot qui nous fait vivre, et la partie fun. Parce que c’est très important aussi de prendre du temps pour soi et pour se développer.

 

Combien êtes-vous aujourd’hui ?

Mangrove a été créé par cinq garçons et je suis venue juste un tout petit peu après. À un certain point nous avons été 120 dans la communauté, mais nous sommes en pleine refonte et nous ne sommes plus que 40 aujourd’hui. On avait des Mangrove Builders qui faisaient vivre la communauté et créaient des produits, et puis des Mangrove Friends qui partageaient nos valeurs mais ne faisaient rien. Aujourd’hui on ne veut que des gens extrêmement engagés, prêts à donner du temps, de l’énergie et de la passion. Donc on a supprimé Mangrove Friends et encouragé les membres de la communauté à plus s’impliquer.

On essaie de créer des hubs partout dans le monde pour favoriser les liens concrets. Par exemple, en ce moment, on a cinq personnes ultra motivées qui sont en train de lancer un hub à Berlin. Après, nous sommes beaucoup de digital nomades qui voyagent tout le temps et ne sont pas vraiment établis quelque part. Mais nous avons beaucoup de membres en Europe et quelques-uns en Asie et aux États-Unis.

 

Comment réussit-on à travailler ensemble ?

Nous avons créé plusieurs outils pour travailler efficacement et collaborativement, et pour mieux se sentir. Ils sont fondés sur nos trois valeurs. Par exemple, nous avons développé pour notre “noyau dur” un outil, Rachid, qui nous demande tous les jours comment on se sent dans notre travail et ce qu’on a envie de partager avec les autres. Ça aide à voir comment se sent toute l’équipe, alors même qu’on est dispersés physiquement. On peut suivre l’évolution de chacun. On a aussi mis en place un outil d’apprentissage pair à pair, ouvert cette fois à toute la communauté : chaque mois, il vous demande ce que vous voulez apprendre et ce que vous avez envie d’enseigner. Et notre algorithme “matche” les gens, leur permet de se rencontrer et de créer des liens. Donc Mangrove, ce n’est pas que des gens qui s’amusent ! On est dans la construction, on développe des choses très concrètes. D’ailleurs, Rachid a été acheté par RTE, une très grosse entreprise d’électricité, et est utilisé par plus de 100 personnes. C’est beau de voir qu’on a créé des outils qui ont un impact dans d’autres entreprises.

En plus de ça, on organise des retraites tous les trois mois : tous ensemble, on loue une grande maison où on passe une à trois semaines pour travailler tous ensemble dans un cadre différent, chacun sur ses projets. C’est un momentum collectif avec des gens très motivés et des compétences différentes, donc on s’entraide, c’est vraiment du boulot ! C’est un cadre de vie qui nous plaît vraiment, dans lequel on grandit beaucoup. Et on est trois fois plus efficaces.

 

Comment voyez-vous le travail évoluer, y compris dans les entreprises “classiques” ?

Le travail se transforme : il est beaucoup plus axé sur l’humain. Il y a tellement de choses que la machine va pouvoir faire qu’il va bien falloir remettre l’humain au centre de tout. C’est pour cela que la bienveillance est aussi importante. Il faut que cela parte des managers, qui acceptent de perdre leur pouvoir et leur situation dominante. Le manager doit instaurer une confiance pour que les gens osent innover et faire des choses hors-cadre. On est très inspirés par le livre Leaders Eat Last, de Simon Sinek, qui évoque comment les managers peuvent transformer la culture de l’entreprise. Cette transformation culturelle est vraiment clé.

 

Qu’espérez-vous pour l’avenir de Mangrove et du travail ?

Justement, notre démarche actuelle de repenser tout le modèle de Mangrove repose sur le fait que nous ne voulons plus nous focaliser sur le futur du travail. Nous voulons être un écosystème de gens prêts à s’entraider et à vivre en collectif. On se concentre beaucoup sur les personnes, on s’entraide, on cherche à savoir comment les autres se sentent. On a envie de se recentrer sur l’humain et la communauté, et de faire moins de choses à l’extérieur. Nous allons continuer de développer des outils d’entraide. Notre but, c’est le développement personnel de nos membres. Que chaque personne qui passe par Mangrove connaisse un développement immense de sa personne et en sorte fortifié.


 

Revivez son intervention au 11e WFRE sur la Collection 

Laïla Mamou : « Comment peut-on espérer avancer en laissant de côté 50% de la population ? »

Laïla Mamou est la présidente du directoire de Wafasalaf, leader du marché du crédit à la consommation au Maroc. Depuis sa prise de fonction en 2004, elle oeuvre pour une plus grande diversité au sein de son entreprise, à tous les échelons. Elle nous explique pourquoi la diversité est fondamentale pour les entreprises et comment aider les femmes à accomplir leur potentiel.

 

53% de collaboratrices au sein de Wafasalaf : comment êtes-vous arrivée à ce résultat ?

Cela fait tout simplement partie de la stratégie RH : je vis dans un pays où 50% des personnes sont des femmes, et si au moment du recrutement aucune différence n’était faite entre un homme et une femme en termes de salaire ou de responsabilité, je dirais presque que le travail serait facile. À Wafasalaf, nous n’avons pas mené une démarche spécifique : simplement quand il y a un poste à pourvoir, nous nous concentrons uniquement sur les compétences et le potentiel. Cela fait qu’aujourd’hui, nous avons 53% de collaboratrices et 45% de femmes au niveau du comité directeur. La mixité est donc vraiment à tous les niveaux chez nous.

 

Justement, comment aider les femmes à atteindre les postes à responsabilité ?

Cela commence à devenir plus compliqué pour les femmes entre 30 et 35-38 ans, lorsqu’elles ont des enfants. Il faut en tenir compte pour que cette étape ne soit pas un frein, voire une source de blocage dans leur carrière. Dans ces moments-là, je m’adapte et je peux accepter qu’une femme puisse sortir avant l’heure ou démarrer un peu en retard : il faut être compréhensif et ne pas appliquer les règles du travail sans distinction. Quand j’ai en face de moi une femme brillante avec du potentiel et qui a des enfants à charge (il n’y a pas assez de structure de crèches au Maroc), je ne vais pas programmer de réunions en fin de journée ou de team-building qui exige qu’elle s’absente de chez elle plus d’une journée. C’est intuitif. Le pendant de cela, c’est de travailler sur la responsabilité : quand on accepte des exceptions, il faut être clair pour qu’il n’y ait pas d’abus et encourager la rigueur, la responsabilité et l’engagement.

L’autre levier important, c’est de travailler avec les hommes : si les hommes recrutent, ce sont aussi eux qui distribuent les promotions. J’ai fait de la mixité un levier de performance et c’est un sujet que je traite avec tous les collaborateurs. Chaque année au mois de mars, nous organisons un cycle de conférences sur le leadership au féminin, où j’invite des hommes et des femmes inspirants à prendre la parole devant mes collaborateurs et nos clients. Et j’arrive parfois à 60% de présence masculine ! Nous organisons cette conférence en interne, sans passer par une agence de communication. Ce travail des équipes est important car il aide à les sensibiliser  en amont lorsqu’ils sont acteurs du séminaire, et pas seulement consommateurs. Chaque année, c’est une équipe différente qui s’en occupe.

 

... Et puis par ailleurs, toutes les études sont très claires : les entreprises qui ont des femmes à leur tête sont performantes.

 

En quoi la diversité est-elle un levier de performance pour les entreprises ?

J’ai appris ça sur le tas : on avait commencé à monter des plateformes téléphoniques et par la force des choses je me suis retrouvée avec une plateforme où il n’y avait que des hommes, et une autre où il n’y avait que des femmes. Et ça ne marchait pas du tout, les centres d’intérêt restaient trop similaires d’un côté comme de l’autre. J’ai commencé à mixer et tout de suite les résultats ont été visibles des deux côtés. La mixité génère une très bonne émulation, je l’ai vu et vécu, c’est sain, c’est efficace. J’aime bien la diversité dans les équipes, et pas uniquement concernant le genre. Le Maroc est une plateforme qui jouit d’une position géographique avantageuse qui lui permet d’améliorer la diversité, notamment au sein des entreprises. Ce brassage parmi les équipes permet d’ouvrir le champ vers d’autres cultures et cela ne peut être qu’enrichissant. Et puis par ailleurs, toutes les études sont très claires : les entreprises qui ont des femmes à leur tête sont performantes.

 

Quels sont les principaux obstacles que vous avez rencontrés ?

Comme je le disais, les problèmes surviennent généralement quand les enfants sont en bas âge : on milite pour avoir des facilités qui n’existent pas encore  au Maroc, comme les crèches et le travail à mi-temps. Ensuite, j’identifie trois principaux obstacles.

D’abord, un frein interne : certaines femmes ne croient pas en leur potentiel et ne se jettent pas à l’eau, considérant que c’est déjà presque un privilège que de travailler. En tant que femme, je suis moi-même passée par plusieurs situations avant d’arriver là où j’en suis aujourd’hui. Et c’est justement pour cela que je mets des coachs à disposition de certaines femmes quand je sens qu’elles ont besoin de se libérer de ces freins.

Ensuite, il y a un frein social : au Maroc, une femme doit d’abord être une bonne mère et une bonne épouse, et le reste vient après. Il existe une pression sociale et familiale très forte.

Enfin, souvent le salaire de la femme qui travaille va servir en priorité à combler son absence quant à la gestion de son foyer. Comme si elle devait payer son droit au travail.  Et c’est malheureusement à cause de cette pression que certaines se retrouvent à abandonner leur plan de carrière.

 

Il y a donc des défis à relever au niveau de la société ?

La constitution est claire : rien n’interdit aux femmes de prendre leur place. L’article 19 le dit : “L'homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental (...). L'Etat marocain œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes.” Donc nous avons un cadre juridique qui est posé. J’ai beaucoup parlé des femmes cadres, et c’est vrai qu’il y a un plafond de verre, même si la situation s’est améliorée : il y avait 26% de femmes  cadres supérieurs et dans les professions libérales en 2005, et on était à 34,8% en 2015. Mais il y a aussi un plancher de terre dans le monde rural. En effet, même si l’accès à l’éducation est aujourd’hui obligatoire, les petites filles ont du mal à poursuivre leurs études. Le mariage qui arrive souvent trop tôt y est également pour beaucoup. Ainsi, trop de femmes n’ont pas un niveau d’éducation élevé, et c’est pour cela que certaines entreprises lancent des initiatives d’alphabétisation afin de leur donner les moyens d’évoluer.

 

Quels sont vos espoirs pour l’avenir ?

En ce qui concerne Wafasalaf, j’aimerais qu’elle devienne un modèle de satisfaction pour tous les collaborateurs. Et, qu’en quittant Wafasalaf, ils emportent avec eux, presque dans leur ADN, les valeurs qu’ils ont contribué à mettre en place.

Concernant le taux d’activité des femmes, il est aujourd’hui à seulement 25%. Mon rêve, ce serait qu’il arrive à 50%. Parce que si l’on veut une croissance soutenue pour résorber le chômage, il faut que les femmes participent, créent de la valeur, paient des impôts, soient un acteur économique. Nous n’avons pas le choix. Les femmes doivent pouvoir  revendiquer leur place et leur rôle. Comment peut-on espérer avancer en laissant de côté 50% de la population ?  Et puis mon vœu le plus cher serait que le taux d’alphabétisation des femmes atteigne les 100%. Tout le monde doit avoir accès à l’éducation et je suis très optimiste, car les pouvoirs publics en font aussi l’une de leurs priorités.

 


 

maxime dufour photographies 19 octobre 2017 4

 

 

 

Revivez son intervention au 11e WFRE sur la Collection 

Michael Priddis: “Nous ne faisons pas face à la fin du travail, mais au début d’une nouvelle ère de travail”


Michael Priddis
est le fondateur et PDG de Faethm, une toute jeune entreprise australienne qui opère déjà au niveau international. La mission de Faethm est d’aider entreprises, gouvernements et communautés à générer de la valeur économique et sociale grâce aux technologies émergentes, comme la robotique ou l’intelligence artificielle. Il nous explique en quoi ces technologies ouvrent une nouvelle ère pour le monde du travail, et comment mener cette transition sans oublier personne en route.

 

Quel manque cherchiez-vous à combler quand vous avez monté Faethm ?

Je suis un expert des produits. J’ai passé 15 ans à concevoir et créer des produits technologiques et des entreprises et j’ai travaillé aux avant-postes de la technologie. Et j’ai vu la même chose dans toutes les industries et dans tous les pays où j’ai travaillé : à mesure que la technologie et l’innovation progressent, les entreprises ont souvent besoin de moins de personnel. L’automatisation du travail était un corollaire des innovations sur lesquelles je travaillais. Fin 2014, alors que j’étais associé au Boston Consulting Group, j’ai co-dirigé un programme de recherche de 9 mois avec la Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) pour étudier l’effet de la technologie sur les emplois en Australie. Puis j’ai quitté le BCG il y a un an pour créer mon entreprise : nous utilisons la data science pour élaborer des analytiques qui aident les entreprises et gouvernements à comprendre les implications de ces nouvelles technologies.

 

Votre produit star s’appelle Tandem. Que fait-il ?

Tandem aide les entreprises et les gouvernements à observer les effets de la technologie sur n’importe quelle population (une entreprise, une filiale, une équipe, une communauté, une ville, une industrie, etc.). Nous collectons des données sur la nature du travail et les caractéristiques d’une industrie, ainsi que sur le délai dans lequel la technologie devrait avoir un impact sur cette industrie. Ensuite, nous modélisons ces données sous forme de tendances qui aident les entreprises à voir comment faire transitionner leurs équipes et les gouvernements à prendre des décisions concernant les investissements dans l’industrie, les politiques d’emploi, d’immigration, de fiscalité, etc.

 

Donc c’est très large.

Oui, absolument. On va changer le monde !

 

Quelles nouvelles ressources apportez-vous aux entreprises et gouvernements ?

Nous sommes en train de construire une communauté de techniciens R&D, et j’ai eu la chance de pouvoir recruter une équipe très capable. Tous ensemble, nos compétences vont de la data science aux opérations en passant par la stratégie, les produits, les modes d’opération, les modèles économiques, l’investissement, la prévision, etc. Et nous synthétisons toutes ces manières différentes de voir la donnée pour fournir à nos partenaires des informations qui leur sont utiles.

 

Quelles sont les implications socioéconomiques de votre travail ?

Nous n’observons pas simplement les effets de la technologie sur les entreprises, mais également sur les communautés. Prenons l’exemple d’Amelia, une intelligence artificielle sociale développée par IP Soft : Amelia a été conçue pour remplacer le premier contact que vous avez quand vous appelez un service clients. La plupart des centres d’appel sont dans de petites villes, ce qui veut dire que les salaires ont un impact très important sur les communautés locales. Or, à mesure que des produits comme Amelia deviendront plus sophistiqués, les centres d’appel fermeront. Ce qui est super pour tout le monde - qui aime appeler un service clients ? - sauf pour la communauté qui a besoin de ces salaires. À mon sens, ce serait une excellente idée que les gouvernements locaux puissent prévoir dès maintenant ce genre de conséquences sociales. Parce qu’on ne parle pas uniquement d’une entreprise qui doit faire sa transition : on parle aussi de filets de sécurité sociale, de salariés qui doivent être déplacés, développer de nouvelles compétences, avoir accès à la formation continue, etc. Toutes ces choses peuvent être faites de manière éclairée si les personnes qui dirigent ces organisations savent comment la technologie va changer le monde du travail. C’est ce que nous leur apportons.

 

À qui incombe la responsabilité d’accompagner ces changements : les entreprises ou les gouvernements ?

Cela dépend beaucoup du pays et des relations entre gouvernements, entreprises et syndicats. Mais je pense qu’il y a là une opportunité pour l’OCDE et le Forum mondial de montrer la voie en informant sur la manière dont ces changements vont advenir. Prenons un autre exemple : 83,4% du PIB à l’export du Bangladesh provient de l’industrie textile, et le Bangladesh est très fortement dépendant de son PIB à l’export. Aujourd’hui, il est encore difficile d’automatiser la production de vêtements, mais beaucoup d’entreprises y travaillent. Et quand ce sera devenu moins cher d’automatiser la production à domicile, c’est ce que les entreprises occidentales feront. Et c’est un problème pour les pays en développement qui n’ont pas de sécurité sociale. Il y a des effets de contagion au niveau international sur lesquels nous voulons aussi informer.

 

Y a-t-il un projet qui vous enthousiasme particulièrement ?

Nous avons élaboré un Future Workforce Index pour chaque pays de l’OCDE, qui montre les effets de la technologie sur les plus grandes industries dans chacun de ces pays. L’Index sera utilisé par les gouvernements pour éclairer leurs choix en matière de politique d’investissement, d’emploi et de planification fiscale et par les entreprises pour leur stratégie et leur transformation.

 

Y a-t-il une chose sur laquelle vous rêveriez de travailler ?

En ce moment on parle beaucoup de revenu universel, qui serait une réponse au fait que nous n’aurons plus assez d’emplois pour tout le monde. Je ne partage pas cette analyse. Nous ne faisons pas face à la fin du travail, mais au début d’une nouvelle ère de travail. Je dis souvent que les ordinateurs sont bons pour faire ce que nous trouvons difficile, et qu’ils ne sont pas très doués pour les tâches qui sont faciles pour nous. Nous devons parler des trois “A” ensemble : bien sûr, il y a l’automatisation, mais il y a aussi l’augmentation des métiers existants et l’ajout de nouveaux métiers. Donc, ce que je voudrais avoir accompli à la fin de cette mission, c’est aider à prendre conscience de toutes ces opportunités. Notre objectif n’est pas de remplacer le travail par le revenu universel ; c’est d’aider les gens, grâce à l’éducation et au développement de compétences, à explorer de nouveaux types de travail.

 

Que souhaitez-vous pour l’avenir ?

J’espère que Tandem deviendra le standard général auquel tous les gouvernements et entreprises auront recours pour appréhender le futur du travail. Mon objectif personnel est que tous aient accès à l’éducation et à des formations qui leur permettent de faire la transition entre les métiers qu’ils font aujourd’hui et des métiers qui rendent les entreprises, les communautés et les gens heureux.

 


Rencontrez Michael PRIDDIS au 11e World Forum for a Responsible Economy

 


Pour aller plus loin : plus de 100 experts du monde entier interviendront du 17 au 19 octobre pour discuter des bouleversements technologiques, sociétaux et économiques de notre époque et présenter leurs réflexions et bonnes pratiques. 

Rendez-vous du 17 au 19 octobre 2017 à Lille

Prabashni Naicker: “Le business éthique, c’est du business durable”

Prabashni Naicker est Responsable régionale de la conformité chez SNC-Lavalin, l’une des plus grandes entreprises d’ingénierie et de services de construction au monde. Elle est basée en Afrique du Sud et travaille dans toute l’Afrique subsaharienne pour promouvoir le business éthique et lutter contre la corruption. Nous lui avons posé quelques questions sur les meilleurs moyens de faire du business proprement.

 

 

snc lavalin2Pouvez-vous expliquer ce que vous faites exactement chez SNC-Lavalin ?

Je m’occupe de deux portfolios. D’une part, je suis en charge des ressources humaines et à ce titre j’ai une visibilité sur les enjeux éthiques liés aux RH. Notre mission est d’assurer des conditions de travail éthiques, ce qui implique de garantir l’équité dans nos recrutements, que tous aient les mêmes privilèges, qu’il n’y ait aucune discrimination d’aucune sorte. Mon autre casquette, c’est la gestion du Programme Éthique et Conformité pour l’Afrique subsaharienne.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’initiative anti-corruption que vous avez établie ?

L’une des choses les plus pertinentes que nous faisons de ce point de vue est une initiative appelée Coalition for Ethical Operations (Coalition pour des opérations éthiques, ndlr), que nous avons lancée en février 2016. Le principe est de rassembler des entreprises qui opèrent en Afrique subsaharienne et qui partagent nos valeurs pour approfondir ensemble les activités anti-corruption. Nous leur envoyons un engagement à signer et dans lequel elles s’engagent à partager leurs meilleures pratiques pour promouvoir le business éthique et réduire la corruption ; à promouvoir des formations en business éthique et contre la corruption pour les PME dans leur chaîne d’approvisionnement ; et à participer à des actions collectives ou collaboratives de temps en temps. Il y a aujourd’hui quinze membres dans la Coalition.

le principal défi : comment faire du business propre et le faire savoir ? Nous voulons gagner nos contrats sur notre capacité à les honorer, et nous voulons que les gens le sachent.

 

Quelle est la principale forme de corruption à laquelle vous faites face ?

En Afrique subsaharienne, le principal défi ce sont les contrats publics. Il y a une perception selon laquelle le seul moyen d’obtenir du travail de la part des gouvernements, c’est de payer des pots-de-vin. En Afrique du Sud particulièrement c’est un sujet brûlant : il y a de nombreux exemples de membres du gouvernement qui ont passé des accords frauduleux avec des entreprises privées. Pour les entreprises, c’est donc le principal défi : comment faire du business propre et le faire savoir ? Nous voulons gagner nos contrats sur notre capacité à les honorer, et nous voulons que les gens le sachent. L’autre enjeu, c’est que les grandes entreprises ont les moyens de mettre en place des programmes de conformité, mais les plus petites ne le peuvent pas toujours. L’une des choses qui me passionnent le plus dans ce travail, c’est de rassembler des multinationales pour aider ensemble les plus petites organisations à continuer à travailler de manière éthique. En ce moment, nous organisons un événement avec la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, qui se tiendra en novembre et qui se focalisera sur les petites entreprises et le partage des leçons que nous avons apprises sur la conformité.

 final Public banner

Que faites-vous pour lutter contre la corruption ?

La première étape, c’est de rassembler des entreprises qui se tiennent mutuellement responsables, notamment en signant l’engagement et en partageant leurs solutions. Lors de l’événement de novembre, les entreprises nous diront comment cela marche pour elles et s’aideront mutuellement à aller plus loin. Nous sommes également en train de développer un programme de formation avec l’Institut d’éthique que nous rendrons disponible aux petites entreprises, y compris aux sous-traitants.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour la Coalition ?

L’idée, c’est de grandir dans toute la région. Nous sommes en train de créer une section en Angola avec notre partenaire local, Grupo Mieres, qui contacte des entreprises pour leur proposer de rejoindre la Coalition. Notre but est de nous développer dans plusieurs pays : à ce jour tout est géré depuis l’Afrique du Sud mais nous voulons aller aussi loin que nous le pouvons.

 le business éthique, c’est du business durable

Quel est le principal défi auquel vous avez à faire face ? 

C’est faire comprendre aux gens que le business éthique, c’est du business durable. Cela peut complètement être un avantage compétitif pour vous aider à grandir, et ça n’a pas à pénaliser votre activité.

 


 

Rencontrez Prabashni Naicker au 11e World Forum for a Responsible Economy


Pour aller plus loin : plus de 100 experts du monde entier interviendront du 17 au 19 octobre pour discuter des bouleversements technologiques, sociétaux et économiques de notre époque et présenter leurs réflexions et bonnes pratiques. 

Rendez-vous du 17 au 19 octobre 2017 à Lille

« Nous voulons avoir un impact sur l’éducation, l’émancipation, la technologie et l’entrepreneuriat »

Luvuyo Rani est le co-fondateur et directeur de l’enterprise sud-africaine Silulo Ulutho Technologies. Ce qui a commencé comme un service de réparation d’ordinateurs et un cyber café il y a douze ans est aujourd’hui un réseau de centres de formation qui accueille 4000 étudiants chaque année dans les townships du pays. Nous avons discuté avec lui d’éducation, d’émancipation et du pouvoir de la technologie.

Lire la suite...

Brianna McGuire: “Beaucoup d’enjeux liés au gaspillage alimentaire peuvent être résolus ou améliorés grâce à la technologie”

Brianna McGuire est la fondatrice et PDG de Foodfully, une application mobile qui aide les utilisateurs à réduire leurs déchets alimentaires en analysant les dates de péremption des produits et en proposant des recettes pour consommer ceux étant sur le point de périmer. Brianna s’est donné pour mission d’éliminer le gaspillage alimentaire des foyers américains ; elle partage ses réflexions et son expertise sur la façon dont la technologie peut l’aider à atteindre cet objectif.

 

 

Lire la suite...

Sharing economy : Interview/testimony of Benita Matofska

5 questions for Benita Matofska,
founder of thepeoplewhoshare.com

 

1. A quick introduction : who are you Benita and how did you get into the Sharing Economy topic ?

 

 

I am the founder of thepeoplewhoshare.com that is a global network through which we help people and companies discover, participate and access the Sharing Economy

We are the organizers of the #globalSharing week, that has reached over 100 million people over the world today.

I am also a speaker and a writer on that topic, and I am based in Brighton, Uk.

Lire la suite...

Sharing economy : Interview/testimony of Alessandro Notarbartolo

4 questions for Alessandro Notarbartolo,
founder of tabbid.com

 

1. Quick introduction : who are you Alessandro and how did you get interested into the Sharing Economy topic, I am thinking here about your project Tabbid.com?

 

“I am from Milan, Italy. I studied psychology at the university. I was interested back then in all issues related to people’s relationship with the digital tools and the solutions those tools could provide to the people.

In fact, I run in total 5 Internet website projects and companies,  so I already had some experience on that topic.

Lire la suite...