Rencontre avec Léa MASSARE DI DUCA, une utopiste engagée

Le Mercredi 17 octobre dernier, la 12ème édition du World Forum accueillait l’enthousiaste et ingénieuse Léa Massaré di Duca lors d’une discussion autour des écosystèmes urbains innovants qui émergent partout dans le monde. A peine sortie de l’EDHEC, la jeune française s’est mise à parcourir le monde à la recherche de ces territoires positifs. Son idée ? Rassembler l’innovation et l’intelligence collective afin de dessiner les villes de demain. Rencontre avec une utopiste engagée !

 

« Partir à l’exploration des possibles »

Avec son amie et ancienne camarade Seçil Kizilirmak, Léa Massaré di Duca a créé le think tank Wide Open. L’idée derrière ce projet : faire le tour du monde des écosystèmes d’innovation positive. Ces espaces alternatifs s’appellent des tiers-lieux. Le concept de tiers-lieu vient d’une « résistance à l’urbanisme de bloc des banlieue dortoirs[aux Etat-Unis] », explique Léa, « ce sont des lieux de rencontres, de cocréation. Ils sont profondément démocratiques ! »

Wide Open, c’est avant tout un projet de terrain. Pendant quinze mois, la jeune femme a visité dix tiers-lieux dispersés sur le continent américain. De Montréal à Bogota en passant par Détroit, Léa Massaré di Duca a rencontré les acteurs qui font ces espaces urbains alternatifs.

« Encourager l’imaginaire commun »

Mais Wide Open, c’est aussi une recherche de fond et un travail de narration. L’ambition de ces mois en immersion était de collecter des informations sur ces tiers-lieux afin de pouvoir construire une narration autour d’eux. Léa Massaré di Duca pense qu’il faut « soutenir par le récit ce mouvement international». La jeune femme s’exclame: « Peut-être que ces acteurs avaient une idée commune! Et à partir d’une idée inspirante, on pourrait faire quelque chose de systématique ». C’est pour cela que Wide Open cherche à formaliser les connaissances recueillies sous la forme de contenus numériques, puis d’un guide pratique recensant les diverses initiatives.

« Des espaces divers mais uniques »

Les tiers-lieux ouvrent des champs de réflexion et sont des espaces d’expérimentation collective. Toutefois, les formes qu’ils peuvent prendre sont nombreuses et leurs missions toutes aussi variées. Fablabs, makerspaces, livinglabs, friches urbaines, incubateurs, les possibilités sont aussi diverses qu’il existe de territoires. En effet, « ces écosystèmes positifs sont organiques ». Ils sont le reflet des volontés humaines qui les créent et des contextes socio-économiques et historiques dans lesquels ils émergent. Selon Léa Massaré di Duca, « la base d’un tiers-lieu c’est sa communauté ». S’en détacher, c’est risquer « de devenir un écosystème hors-sol qui n’a aucun impact sur le territoire ».

 

L’urbanisme en transition

Quand nous avons demandé à l’exploratrice urbaine si un espace lui a particulièrement plu, elle a répondu que « le plus marquant, ce sont les principes mis en œuvre dans ces lieux plus que les lieux eux-mêmes ». « Par exemple, la question d’urbanisme transitoire me parle beaucoup « , précise-t-elle. Le tiers-lieu qui illustre le mieux cette idée, c’est celui du projet Young à Montréal. Face au problème de la vacance patrimoniale qui mine la ville québécoise, l’association Entremise a organisé un consortium sur la question qui réunit plusieurs acteurs locaux, notamment la mairie. Avec l’autorisation des autorités, ils ont alors lancé de projet Young. Pendant vingt-deux mois, une bâtisse patrimoniale a été cogérée par les résidents et les associations. Le lieu est devenu un véritable laboratoire de collaboration au sein duquel start-up, associations et citoyens ont préparé le futur du quartier.

Selon Mme di Duca, le projet serait transposable à Paris où l’équivalent de plus de trente tours Montparnasse se trouve inhabité ! Elle regrette cependant le manque de courage des politiques. Ce genre de projets expérimentaux demande « une prise de risques », reconnait-elle, mais ils permettent aussi d’imaginer de nouveaux possibles et représentent le fruit de l’intelligence collective.

Mathilde Bigot