13B- L’échelle locale comme clé de la transition socio-économique

Notre monde change et connaît des mutations d’ordre économique, sociale et environnementale. De nouveaux enjeux apparaissent et avec eux la nécessité de repenser notre définition du développement. Comment articuler populations, production économique et territoire ? Pour nos trois intervenants, la réponse est locale. Issus de domaines d’activités et de pays différents Marie-Hélène Foubet, Rob Hopkins et Luciano Marcos Silva nous présentent plusieurs initiatives qui mettent le territoire au cœur de leurs projets de transition socio-économique et font de l’habitant un acteur déterminant.

 

  • A chaque territoire sa capacité !

 Chaque territoire doit être pensé dans sa spécificité. Si certains territoires ont des enjeux communs, les réalités sont différentes et les solutions uniques suivant leur application. M. Silva qui dirige l’ISEA, une ONG brésilienne qui promeut une gestion circulaire des déchets, explique en effet que l’incinération des déchets souvent pratiquée en Europe est inapplicable au Brésil en raison de l’humidité des résidus collectés. De même, pour Marie-Hélène Foubet, directrice générale de SIA habitat, « on ne gère pas le logement à Marseille et à Lille de la même façon ». Si les deux villes ont toutes les deux besoin de logements, seules des constructions répondant à leurs spécificités socio-économiques peuvent être pertinentes. Les modèles de développement de demain doivent favoriser une innovation locale qui développe les capacités du territoire.

 

  • « Il faut faire preuve de résilience »

 « Ce qui est un challenge aujourd’hui doit pouvoir devenir une opportunité de montrer ce que nous savons faire d’extraordinaire », s’enthousiaste Rob Hopkins, initiateur du projet des villes en transition. Il ajoute que « le changement commence là où l’on se trouve », peu importe l’étape du processus à laquelle nous sommes. Il nous faut faire acte de résilience et tenir compte du vécu des territoires et de leurs habitants dans nos projets de développement. Comprendre le territoire et adapter les projets d’aménagement est incontournable. Par exemple, l’instauration du traitement des déchets dans les catadores au Brésil ne peut pas se faire sans la revalorisation de la profession des chiffonniers qui, chaque jour collectent et trient les poubelles. La redynamisation des territoires passe obligatoirement selon nos trois intervenants pas l’investissement local.  En soutenant l’économie locale et en incitant la coopération entre les différents acteurs, c’est un système vertueux de création d’emplois et de valorisation du territoire qui se met en place.

 

  • « L’habitant est au cœur de tout »

 Au centre de ces projets se trouvent les habitants. Les bailleurs sociaux de demain doivent réfléchir aux populations pour lesquelles ils construisent des logements, explique Mme Foubet. Il est nécessaire précise-t-elle, de concerter les habitants car ce sont eux qui utilisent les infrastructures construites. Ils connaissent le territoire et savent ce dont ils ont besoin. Cette valorisation des besoins locaux et des capacités du territoire est aussi selon elle un réponse efficace au problème de gentrification. En préférant des projets impulsés par les communautés qui habitent le territoire, le développement sera créateur de valeur ajoutée et inclura tous les habitants dans le processus plutôt que de reléguer les populations les plus fragiles à la périphérie des espaces dynamiques. Rob Hopkins croit lui aussi en la puissance de l’habitant comme initiateur de changement territorial. Pour illustrer sa pensée, il s’appuie sur l’exemple de sa ville natale Totnes dont l’économie était en déréliction. Grâce à l’action communautaire et une réflexion alliant passé et futur du lieu, l’ancienne usine de lait a été réhabilité en un quartier dynamique. Il soutient que «les communautés d’habitants doivent pouvoir décider, dessiner, construire et posséder les infrastructures du territoire afin de lui donner du sens ». Les « bottom-up approches » doivent ainsi être encouragées par les institutions et considérées comme une promesse de projets innovants et adéquats.

 

  • « Il faut raconter le futur que l’on veut être »

 Mais s’engager dans une mutation économique et sociale, c’est aussi réinstaurer de la vie dans la ville. Nos intervenants insistent sur l’importance de la cohésion sociale et le rôle symbolique de la communauté. Rob Hopkins l’affirme : « nous sommes dans une économie qui favorise la solitude ». Le lien social se délite et pour y remédier il faut redonner du sens au territoire. Pour cela, il faut raconter l’histoire du changement que nous voulons initier. Ainsi, la ville de Liège souhaitait en l’espace d’une génération offrir à ses habitants la possibilité de se nourrir avec des produits abordables uniquement cultivés et fabriqués dans la région. Le projet, porteur de sens et d’espoir mais aussi catalyseur d’activité économique et de cohésion sociale a réuni plus de cinq millions d’euros en crowdfunding. Aujourd’hui avec le projet Aliment-Terre, c’est plus d’une vingtaine de coopératives qui ont ouvert et qui alimentent la région en produits locaux et en emplois non-délocalisables. Le maire de la ville témoigne: « nous voulions être une smart-city, maintenant nous voulons être une ville en transition ». Raconter les changements du territoire et introduire une narration à ces mutations est primordial. Pour M. Hopkins, cela permet en effet d’offrir aux citoyens une vision fantastique de l’avenir et de les invitent à s’engager dans la transition.  

 

  Nous devons réinventer nos sociétés, les tourner vers les habitants et les ancrer sur leur territoire. Rob Hopkins nous dit que « le changement climatique est le plus gros échec de notre imagination », alors soyons innovant pour redessiner les contours de nos pratiques socio-économiques et les adapter aux territoires.

 

Mathilde BIGOT