Intervenant Philippe VASSEUR

Ancien ministre de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, Philippe VASSEUR a été Président de Réseau Alliances durant de nombreuses années et a initié le World Forum for a Responsible Economy en 2007. Il est aujourd'hui Président de la Mission rev3 pour une troisième révolution industrielle en Hauts-de-France.

Biographie

Avant de prendre la présidence de Réseau Alliances, Philippe VASSEUR a été Premier haut-commissaire à la réindustrialisation des Hauts-de-France, Directeur de la rédaction économique du journal Le Figaro, Rédacteur en chef du quotidien économique Les Échos et Responsable des informations économiques et sociales sur la première chaîne française de télévision, TF1.

Depuis 2018, Philippe VASSEUR est Président de la Mission rev3 qui vise à faire des Hauts-de-France l'une des régions européennes les plus avancées en matière de transition énergétique et de technologies numériques.

 

Éditos

L'édito 2019 : ego imperium

Ego imperium : moi, j’ai le pouvoir ! Le pouvoir de changer le monde. Un pouvoir que chacun devrait être en mesure d’exercer, où qu’il soit et quelle que soit sa place dans la société. Il ne s’agit pas de réactiver simplement le vieux rêve de la démocratie universelle. Même dans les pays les plus démocratiques, d’ailleurs, le pouvoir de la personne est plus ou moins tributaire de limites institutionnelles et temporelles. Si le souhait politique d’améliorer la démocratie et de propager ce système sur l’ensemble de notre planète est louable (et nous le partageons), ce n’est pas, ici, notre sujet.

La question mérite débat, certes. Mais alors il faut l’intégrer dans une réflexion plus large sur les conséquences des mutations et révolutions (technologiques et autres) en cours et à venir. Car ce sont elles — selon l’utilisation qui en sera faite — qui pourront ouvrir la possibilité de donner à chacun une part de pouvoir collectif dans tous les domaines. L’idée que « le client est roi » n’est évidemment pas nouvelle. François Michelin, qui fut le dirigeant emblématique du groupe éponyme, ne manquait jamais une occasion d’affirmer que « le patron de Michelin, c’est le client », considérant ainsi que qui paie (un produit ou un service) commande. La logique de la demande s’imposerait donc à celle de l’offre.

La réalité économique et financière a jusqu’à présent contribué à relativiser cette position de principe. C’est un constat : le consommateur — quand il en a les moyens — est réputé avoir le choix, mais celui-ci est conditionné par un ensemble d’éléments où se mêlent les prix, les techniques de marketing, les modes de distribution et tant d’autres choses qui tendent à orienter les choix et à contraindre le librearbitre. Cette situation est en train de changer. Ou, plutôt, les conditions favorables à ce changement existent aujourd’hui. Mais elles pourraient aussi bien aboutir au résultat inverse, accentuant une forme d’état de dépendance des personnes.

L’essor du numérique, l’accroissement planétaire de ses utilisations, la diversité exponentielle de ses utilisations offrent au consommateur la possibilité d’être informé en temps réel, de donner et de recevoir des avis sans filtre, de procéder à des comparaisons avec des alter-ego, etc. Le consommateur se sent ainsi prescripteur, donc acteur. De fait, on constate des modifications de comportements et des progressions rapides de types de produits (exemple : le bio) dues pour une large part à une propagation « virale » qui est la forme numérique du « bouche à oreille », puissance dix, cent, mille ou plus encore.

Nous vivons une révolution qui affecte tous les aspects de l’économie — de l’organisation des entreprises aux circuits de distribution — et dont chacun d’entre nous est (théoriquement) le centre. Mais cela ne concerne pas que l’économie : de récents évènements, notamment en France, ont mis en lumière cette aspiration collective au « pouvoir du moi ». D’autres, dans le même temps, ont montré que cette conscience individuelle s’étendait à tous les enjeux du monde. Ce bouillonnement est-il le signe que nous sommes entrés dans cette nouvelle ère de l’ego impérium ? Ou derrière cette illusion n’est-il pas en train de se produire la plus forte concentration de l’histoire humaine ? Chacun de nos actes, chacune des opinions que nous émettons correspond à une « donnée » que capte une de ces grandes compagnies qui opèrent sur toute la planète. Tout individu est ainsi répertorié comme un « profil » afin d’anticiper ses choix, de percevoir ses décisions avant même qu’elles soient formulées. Alors, quel est mon pouvoir ? Quelle est ma place dans la société humaine ? Comment puis-je agir librement là où je suis, au sein du territoire où je vis ? Quels sont les marges de manœuvres des consommateurs, des citoyens, des entrepreneurs ? Rendez-vous au 13e Forum Mondial de l’Économie Responsable.

Philippe VASSEUR

 

L'édito 2018 : le défi des territoires

Le Forum Mondial de l'Économie Responsable s'ouvre pour la douzième fois. Au cours des onze années précédentes, les questions territoriales ont toujours été évoquées dans le cadre des grands thèmes économiques, éthiques, sociaux et environnementaux choisis pour chaque édition. Mais jusqu'à présent les territoires n'avaient pas constitué le thème central de notre Forum. C'est désormais chose faite. Et c'est le bon moment.

Certes, les révolutions technologiques et notamment les nouveaux outils de communication ont favorisé une globalisation qui a parfois fait croire à la planète qu'elle était désormais un village. Pour autant, la planète n'est pas devenue uniforme et les nouveaux outils ont permis d'avoir partout accès à l'universalité tout en renforçant les ancrages locaux.

« Le monde est en train de se fragmenter?», constate le PDG de Danone, Emmanuel Faber, qui prédit que « le consommateur va de plus en plus raisonner local?». Une bonne part de notre avenir est à la proximité, à la valorisation des ressources locales — de toutes les ressources, matérielles et humaines — aux pratiques collaboratives qui peuvent s'épanouir dans des espaces où s'inventent de nouveaux modèles économiques, de nouvelles organisations sociales, de nouvelles façons de vivre ensemble.

Cette évolution est porteuse de risques autant que d'espoirs. Elle peut engendrer de nouvelles fractures territoriales aux conséquences ravageuses. Elle peut permettre de développer des éco-systèmes connectés entre eux dans le respect des communautés et dans le souci des intérêts de la planète. Tout est possible, dès lors que nous agissons dans le sens d'une économie responsable, là où nous sommes, là où nous pouvons... là où nous voulons. Tel est le défi des territoires.

Philippe VASSEUR
Président du World Forum for a Responsible Economy

 

L'édito 2017 : révolution responsable

La Révolution, nous sommes en plein dedans. C’est un fait acquis : tout change, tout va très vite. Et ce n’est pas fini. Le plus fort du chambardement est à venir.

Les bouleversements qui s’annoncent sont vertigineux, qu’ils soient technologiques, économiques, sociaux, environnementaux, géostratégiques… Nous ne sommes plus dans une de ces périodes de transition qui ont jalonné l’histoire de l’Humanité. Nous vivons une Révolution comme notre monde n’en a connu qu’un tout petit nombre au fil des siècles, mais jamais avec une accélération d’une telle intensité.

Cette Révolution porte en elle des risques majeurs pouvant engendrer des périls extrêmes. Mais elle pourrait, au contraire, s’ouvrir sur des opportunités bénéfiques permettant d’apporter des solutions nouvelles aux grands problèmes de notre temps.

Les débats sur l’intelligence artificielle illustrent de façon exemplaire cet antagonisme entre les craintes et les espoirs. Pour les uns, c’est l’existence même de l’espèce humaine qui est menacée. Pour les autres, c’est une ère de moindre contrainte laborieuse et d’abondance qui est à notre portée.

Alors, la Révolution pour le meilleur ou pour le pire ? La réponse — incertaine — dépend du degré de responsabilité que nous sommes capables d’exercer, collectivement et individuellement.

Les enjeux sont cruciaux, les défis sont multiples. Tel le colibri de la parabole qui lutte contre l’incendie en l’arrosant goutte à goutte de son petit bec, chacun peut « faire sa part ». Ce n’est peut-être pas suffisant mais c’est assurément nécessaire. Et c’est, sans aucun doute, une responsabilité révolutionnaire.

Philippe VASSEUR
Président du World Forum for a Responsible Economy

Fonction :
Président
Organisation :
Mission rev3
Pays :
France

Ses conférences