Et si la bioéconomie sauvait le monde ?

La bioéconomie fleurit partout, ces dernières années : elle fait l’objet d’innovations tous azimuts, de réflexions gouvernementales et d’aides publiques. On nous explique qu’elle aidera à la fois à nourrir et loger la planète et à lutter contre le réchauffement climatique. De quoi la faire sonner comme la solution miracle à tous nos problèmes. Mais qu’en est-il vraiment ?

 

... l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse, prise dans un sens très large ...

Julien Dugué

Le terme “bioéconomie” peut sembler nouveau, mais il recouvre une réalité déjà bien connue. La bioéconomie, comme la définit Julien Dugué, chargé de mission bioéconomie et bioproduits au ministère de l’Agriculture, c’est “l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse, prise dans un sens très large” (végétale, d’origine animale, algues, biodéchets, etc.). C’est, en somme, un mot qui englobe tous les usages que l’on fait de la nature. Si l’idée n’est pas neuve, le concept, lui, est important, parce qu’il promeut une vision holistique et interconnectée de ces usages, en faisant se rencontrer des secteurs économiques différents à la croisée desquels il se situe. La production de bois énergie, de plastiques biosourcés, de méthane ou d’aliments appartiennent ainsi tous à la bioéconomie -- et, à ce titre, doivent tous contribuer à une stratégie d’avenir.

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Une réponse aux défis de notre temps

La bioéconomie concerne tellement d’activités humaines qu’elle constitue, par essence, une opportunité majeure face à des défis environnementaux sans précédent. Elle a, d’abord, le pouvoir de réduire notre dépendance aux énergies fossiles en générant des énergies renouvelables et des plastiques non issus du pétrole -- ce qui, incidemment, permettra de pousser plus loin la lutte contre le réchauffement climatique. Elle sera également responsable de nourrir neuf milliards d’humains en 2050 sans accroître les pressions sur des écosystèmes déjà trop sollicités, grâce à des méthodes agricoles plus durables. C’est aussi grâce à elle que l’on logera une partie de ces neuf milliards de personnes, en utilisant du bois pour les constructions ou du chanvre pour les isolations, par exemple, et que l’on donnera une seconde vie aux déchets organiques en les transformant en énergie. Elle devrait, au fond, permettre de créer une économie circulaire du vivant, dans laquelle les matières premières issues de la nature sont sollicitées le moins possible et les déchets traités comme une ressource.

Et la machine est déjà bien lancée. Aujourd’hui en France, selon le ministère de l’Agriculture, 1,9 million de personnes sont engagées directement dans la bioéconomie, sur 80% du territoire. Depuis 2010, plus de 250 millions d’euros ont été investis pour soutenir des projets dans le champ de la bioéconomie, et la loi de transition énergétique en fait une priorité pour la construction, notamment. L’engagement dans la bioéconomie s’accroît aussi du côté des entreprises qui, conscientes des enjeux, y voient également un levier de business et d’innovation. Roquette, leader des ingrédients alimentaires de spécialité, a ainsi noué en 2015 un partenariat avec la start-up Algama pour mettre au point des produits alimentaires à base de micro-algues -- ces végétaux étant l’une des trois sources de protéines alternatives à la viande, avec les légumineuses et les insectes.

 

Une stratégie délicate

Mais pour qu’elle nous permette de faire face à ces défis gigantesques, il faudra élaborer une stratégie de la bioéconomie qui prenne en compte ses limites intrinsèques. D’abord parce qu’elle repose sur le vivant, et donc sur des ressources déjà par endroits surexploitées et dont il faut garantir la durabilité. Protéger les ressources en eau, la biodiversité, la qualité de l’air et des sols, lutter contre la déforestation, etc. sont des conditions sine qua non pour construire une bioéconomie véritablement durable. 

D’autre part, le changement climatique détériore lui aussi déjà les conditions de production de la biomasse, avec des événements extrêmes plus fréquents (sécheresses, inondations) et des températures inhabituelles qui ont des conséquences sur les cultures. Pour se développer, la bioéconomie devra donc régler en amont les problèmes qu’elle est censée contribuer à résoudre sur le long terme. Une équation périlleuse, mais inévitable.

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