Nous vous recommandons

La philanthropie au sein de l’entreprise : la solution pour un monde plus juste

Un monde entrepreneurial réinventé 

« Faire du bien avec, et pour les autres ». C’est ainsi que débute Alexandre Mars, invité d’honneur, entrepreneur et philanthrope convaincu, à la plénière d’ouverture de cette quatorzième édition du World Forum. La philanthropie, qu’elle soit sociale ou environnementale, est au cœur des discours des dix-sept lauréats des trophées de l’économie responsable présents à cette plénière. La réussite n’est aujourd’hui pas que financière, mais protéiforme. Les entrepreneurs modernes doivent être porteurs de missions visant à mettre une pierre à l’édifice d’un monde plus juste. 

En plus de se donner les moyens pour aider les autres, il faut les avoir. C’est le principe qui a guidé Mars dans la gestion de ses différentes entreprises. Il fait partie de ces nombreux entrepreneurs qui cherchent à développer l’engagement des entreprises face aux défis globaux. Leurs agendas visent à être en partie, voire totalement dévolus à l’aide aux plus démunis et aux problèmes environnementaux. Différents modèles au sein du monde entrepreneurial se développent peu à peu afin d’encourager l’ensemble des parties prenantes à s’engager. 

 

Des citoyens activistes ? 

La crise sanitaire a fait réagir. Une volonté d’aider les autres à travers l’activisme citoyen s’est développée. Mais cette dynamique va de pair avec une méfiance grandissante envers les structures pouvant faire du greenwashing ou socialwashing. Les entreprises doivent donc de plus en plus passer par des critères de sélection exigeants afin de créer un lien de confiance avec les consommateurs. L’aspect humain est une variable non négligeable que les entreprises se doivent d’intégrer. C’est le point de vue de Marie-Hélène Foubet, directrice générale de SIA Habitat, qui considère que sa mission ne s’arrête pas à la construction de logements. Son but principal est d’accompagner et de connaître les habitants de cette région. Une chose est donc certaine : les consommateurs sont prêts à faire les choses différemment, obligeant ainsi les citoyens à faire de même en se réinventant. 

 

Une nouvelle économie responsable 

Face à cette prise de conscience citoyenne, envisager une nouvelle économie responsable est devenu depuis peu le leitmotiv des pouvoirs publics. Cette dernière est un moyen nécessaire pour se transformer. L’économie circulaire devra être intégrée au sein des stratégies et processus des entreprises. Nathan Douillard, cofondateur de la start-up La Virgule et lauréat du trophée coup de cœur du public, témoigne : « la force de notre société viendra de la circularité ». Cette structure a misé sur ce mode de production en faisant le choix de valoriser les déchets, qu’elle transforme en ressource majeure. L’économie circulaire est aussi portée par des soutiens financiers ainsi que par de nouvelles techniques éco-responsables comme l’écodesign et l’éco-conception. Thierry Delcourt, dirigeant d’Urbaneo, montre l’importance de cette dernière dans la volonté de minimiser l’impact environnemental de son entreprise. Cette transformation de l’économie passe d’abord par les territoires, qui ont le devoir et la possibilité de faire et de créer en France. Ce sera grâce à la mobilisation générale de tous les acteurs que les choses évolueront positivement. Enfin, Jean-Pierre Letartre, président du World Forum, précise que cette économie ne sera pas signe de décroissance, mais d’une croissance différente et responsable. 

 

Une gouvernance globale et plus éthique

Derrière le slogan « The last chance », thème de cette quatorzième édition du World Forum, se cache un enjeu de plus en plus palpable et présent dans toutes les consciences. Olivia Grégoire, est secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance et est chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable. Elle montre que la question de la gouvernance au sein des entreprises est fondamentale pour changer les choses durablement. Les enjeux concernant l’impact social et environnemental ont évincé les questions de gouvernance. Or, les entreprises doivent disposer des bons outils pour une prise de décision plus effective afin de répondre à ces défis globaux ; d’autant plus que les consommateurs sont sensibilisés et deviennent « citoyens-consommateurs ». Ils veulent acheter local, directement à leur producteur et être impliqués dans les processus de décision. L’entreprise Tape à l’œil s’est ainsi engagée dans une logique de co-construction et de co-création avec ses clients. Le résultat est sans appel : ce modèle permet aux clients d’être informés et inclus dans l’entreprise, tandis que cette dernière bénéficie d’idées concrètes au plus proche de sa clientèle.

Pour Alexandre Mars, l’optimisme doit primer. Il n’existe pas de réponse face au phénomène de mondialisation qui entraîne l’appauvrissement de certains territoires et populations. Mais il est possible d’innover d’envisager et de vouloir faire. Il est convaincu que si ces solutions marchent quelque part, alors il sera possible d’exporter ces modèles ailleurs. 

 

Il est certain en tout cas que le monde ne peut plus continuer comme avant. Ces entrepreneurs et lauréats de l’économie responsable l’ont compris. Tous essaient d’avancer dans une direction écologique et sociale responsable, en combinant gouvernance globale et concepts éco-responsables. Leur but est le même : faire de la philanthropie un modèle permettant au monde entrepreneurial de se réinventer et de répondre aux nouvelles attentes des citoyens consommateurs. Ces derniers l’ont finalement compris. Même si le monde de demain ne représente peut-être pas la dernière chance, il n’en est pas moins vrai que les risques sont réels.  

 

Ninon Paulissen 

Un financement responsable au service du développement durable

Le système financier tel que nous le connaissons aujourd’hui est voué à se transformer. La crise que nous traversons questionne la résilience du modèle actuel. Dans cette perspective, quatre intervenants nous éclairent sur les enjeux de l’investissement responsable. Cette conférence est modérée par Pierre-Yves Sanchis, fondateur de Youmatter France, et invite Léo Lemordant, co-fondateur et président d’ENERFIP France ; Éric Felten, directeur général adjoint au Crédit Agricole nord de France ; Jean-Guillaume Peladan directeur de la stratégie environnement chez Sycomore Asset Management France et Thierry Dujardin, directeur général de l'IRD. Les intervenants nous livrent un état des lieux de l’investissement responsable afin de réfléchir au rôle que peuvent jouer les acteurs de la finance dans la transition vers une économie plus responsable et inclusive. 

 

Une prise de conscience collective 

  Tous les intervenants s’accordent pour dire qu’une demande exponentielle d’investissement responsable a vu le jour. Une prise de conscience collective s’opère progressivement, d’abord via des initiatives étatiques (Accords de paris, Green New Deal…) puis par la mobilisation d’acteurs substantiels : entreprises et citoyens engagés. Cependant, si beaucoup se disent prêt à investir dans des projets responsables, peu le fond réellement. Comme l’illustre Thierry Dujardin, 90% des épargnants souhaitent réaliser de tels investissement, mais seulement 5% l’ont fait. La marge de manœuvre est donc considérable. Les intervenants insistent sur l’effort de vulgarisation et de pédagogie qui doit être réalisé auprès des épargnants et des conseillers bancaires. Ceci dans le but louable de rendre l’investissement responsable plus accessible et compréhensible par tous.

 

 « Donner du temps au temps »

Le paradigme d’hier d’un investissement financier basé sur une rentabilité à court terme semble devenir progressivement obsolète. En effet, s’il ressort une notion importante de cet échange c’est bel et bien celle de la temporalité. L’investissement classique, rentable à court terme, perd de son ampleur au profit d’investissements responsables issus de projets favorables à la RSE. Cette notion de performance immédiate est néanmoins encore présente dans nos pratiques financières. Il donc faut s’en détacher. Les parties prenantes doivent aussi comprendre qu’une transition prend du temps. Lors d’investissements responsables, les rendements financiers viendront, certes, sur le long terme. Mais le caractère perrin du projet financé favorisera une économie plus responsable et inclusive. Ceci témoigne de la nécessité d’appréhender d’autres notions que celles des rendements. La génération de la valeur, à terme, ne sera pas seulement financières car il faut aussi prendre en compte les externalités positives. Thierry Dujardin et Éric Felten donnent l’exemple d’un projet dans le secteur du bois torréfié, sur lequel ils travaillent ensemble depuis plusieurs années. Cet investissement dans la torréfaction, pour remplacer le charbon, est un processus innovant au cœur du territoire des Hauts de France. Ce projet risqué à l’investissement a été réalisable grâce à l’échange et la coopération des différents acteurs financiers. 

 

Cohésion des acteurs et ancrage territorial : la recette gagnante

Pour Léo Lemordant un ancrage territorial est indispensable. Sur le terrain tous les acteurs doivent être mobilisés et un dialogue doit être instauré. L’investissement responsable est, de facto, conditionné par la confiance des épargnants et par les projets responsables initiés par les entreprises. Enfin, il dépend de la formation et de la sensibilisation des différents acteurs à ces thématiques. Éric Felten souligne que la structure de gouvernance complémentaire du Crédit Agricole et son assise territoriale permettent l’instauration d’un dialogue, à l’instar de la mise en place d’un questionnaire dans les caisses régionales des Hauts de France.

 

La transparence des critères de sélections des projets, les labels ainsi qu’une réglementation explicite sont primordiaux pour instaurer une relation de confiance avec les investisseurs. Ces derniers aspects sont perfectibles et doivent donc être améliorés. Pour Jean-Guillaume Peladan, beaucoup reste à faire, l’opacité des entreprises, des clients, la taxonomie et le label ISR (outil pour choisir des placements responsables et durables) aujourd’hui trop binaire, doivent être complétés. La clé de leur amélioration réside dans la standardisation d’objet normatif comme la taxonomie. 

In fine, l’investissement responsable a vocation à se développer, pour, nous l’espérons, devenir la norme. Cette conférence se conclut sur les mots de Jean-Guillaume Peladan. Selon lui, une avancée aura réellement été opérée dans le secteur financier « si à la prochaine table ronde on ne parle plus d’Investissements responsables mais d’investissements tout court. » Alors, rendez-vous à la prochaine édition du World Forum !

 

Romane PETIT

Adieu consommation de masse, place à une communication aux tons de RSE

Alors que cette quatorzième édition du World Forum insiste sur la prise de conscience collective quant à la transition écologique, il semblerait que l’ADN de la publicité reste centré sur la consommation de masse. Pourtant, beaucoup d’agences et d’entreprises cherchent aujourd’hui à mettre leur communication au service de la RSE en délivrant une information claire, sincère et authentique. 

 

Un modèle publicitaire obsolète 

Les intervenants convergent tous vers une même idée : le modèle publicitaire actuel est obsolète, témoin d’une société de consommation qui n’est plus. Comme l’explique Rita Fahd, travaillant chez France Nature Développement, l’industrie publicitaire a progressivement changé de nature pour devenir « le vecteur d’un modèle économique insoutenable ». Alors que celle-ci était à l’origine au service du consommateur, son fonctionnement a progressivement évolué pour ne répondre qu’aux stratégies des entreprises. En passant d’une fonction concurrentielle à une fonction coopérative, elle s’est métamorphosée en objet de pression. Et c’est ainsi que d’une société de citoyens, nous avons abouti à un agrégat de consommateurs avides d’acheter toujours plus. 

 

Petit hic : ce panorama n’est plus d’actualité. Les individus, comprenant la nécessité de s’engager dans la transition, rejettent leur étiquette de consommateur pour redevenir des citoyens conscients de leurs droits.  Ainsi, 88% d’entre eux dénoncent la publicité comme vecteur de surconsommation, tandis que le taux de confiance qu’ils accordent aux entreprises s’élève… à 27% (source : étude Greenflex). Alors que les modes de consommation se transforment, il est temps pour la publicité et la communication de se réinventer, voire de jouer un rôle dans le tournant inouïe que connaissent nos sociétés. 

 

Une communication « claire, sincère et authentique »

C’est ce que Laura Garrot et Marie Chaillou, respectivement employées chez Candia et Decathlon prônent. Tandis que la publicité met en exergue la valeur immatérielle des marques, il est essentiel de revenir à la rhétorique initiale axée sur l’usage et l’utilité des produits. Elles dénoncent le faussé qui, au fils du temps, s’est creusé entre les messages publicitaires émis par les enseignes et leurs identités propres. 

La communication des entreprises se doit aujourd’hui d’être concrète et de permettre au consommateur de s’identifier et de prendre conscience de sa valeur. En somme, elle doit changer d’objectif pour faire de l’information son leitmotiv. Candia, coopérative laitière depuis 1971, promeut ainsi dans sa nouvelle stratégie publicitaire un récit collectif fondé sur le lien avec les producteurs et l’histoire de sa production. Laura Garrot l’affirme elle-même : leurs publicités ne visent plus à impacter le consommateur, mais à leur montrer leur sincérité. 

Marie Chaillou a conscience que cette sobriété est souvent synonyme, pour les citoyens, de décroissance négative et de privation. Néanmoins, elle avance que notre futur ne pourra se fonder que sur un changement de paradigme via la création, par la publicité, d’un nouvel imaginaire collectif. Le bonheur ne passera plus par l’achat, mais par la valorisation de nos talents et de nos quotidiens.  

 

Une publicité au service des entreprises, mais surtout de leur transition

En plus de la nécessité de se réinventer, les intervenants appellent l’industrie publicitaire à participer activement à la transition sociale et environnementale. Cette chose est loin d’être facile pour un système qui doit intégralement se réinventer et regagner la confiance de l’opinion publique. Dans l’optique où la publicité est au service des entreprises, c’est avant tout dans cette relation que prend forme son potentiel de changement. Dans un nombre croissant d’entreprises, les services RSE et marketing s travaillent main dans la main pour aboutir au changement qui sauvera la dernière chance.  

Après avoir adopté l’affichage environnemental permettant aux consommateurs d’évaluer l’impact de leurs achats, le service communication de Decathlon cherche aujourd’hui à accompagner concrètement les clients vers de nouveaux modes de consommation. Ce dernier s’est rendu compte que les citoyens étaient prêts à s’engager, mais n’osaient souvent pas faire le premier pas. La publicité et la communication leur permettent donc de les guider vers des modes de vie plus responsables. L’entreprise a, par exemple, mis en place des « ecorun » visant à ramasser des déchets tout en faisant du sport. 

Selon Gildas Bonnel, président de l’agence Sidièse, la communication doit avant tout accompagner les professionnels en les formant aux enjeux de la RSE. En aidant les employés à comprendre la transition, l’insertion de ces enjeux dans la gouvernance des entreprises ne sera qu’accélérée. Ce n’est que par une acculturation aux défis du monde de demain qu’une responsabilité collective émergera. 

Ces enjeux d’éducation et de changement des comportements offrent une voie royale aux industries publicitaires afin de revêtir une parure profondément responsable ; ne reste qu’à agir…. et à communiquer ! 

 

Apolline Convain

Focusing on the local, the last chance for a global transition

 

The last conference of the World Forum for a Responsible Economy was moderated by Jean-Michel Lobry and recalled the objectives and achievements of this 14th edition. Aside from a few technical and digital difficulties, it was a success for the organisers. It gathered more than 60 speakers, 40,000 viewers on television and 4,000 people who followed the live conferences during these three days.

Within all the subjects that were mentioned, two transversal themes seem to emerge. 

First, a change in the scale of our actions in order to reinforce both local and global initiatives. As the speakers stated a few times during this last conference: “Let’s dare to deinstitutionalize!”

The theme of the social bond was mentioned as well. It was said that the different actors of the energy transition must reinforce their cooperation to create a productive synergy. But on what basis?

 

Reconnecting citizens

The study “Françaises, Français” from the BVA Group based on the testimonials of 3,000 French citizens and millions of newspapers, shows that most people wish to change the current capitalist and industrial system. Big firms are seen as creators of precariousness, unlike smaller firms (PME). But even though most citizens are expecting a change, many do not really believe in it. Hence why the transition must be inclusive. 

 

Transforming territories

The first part of the conference recalled the work of research groups who gathered the morning of the 15th to discuss four issues: circular economy, health, youth and energy renovation. These reflective sessions allowed for the drafting of plea papers that offer concrete measures for the transition.

The research group which focused on health suggested opening the debate to new actors and therefore encourage cooperation. They also proposed to map the health situation within the region. The research group on circular economy reflected on the redefinition and revalorisation of waste. The youth group wished to promote the place of young people in society in order to better involve them in the decision-making processes. Finally, the research group on energy renovation evoked a few ideas to achieve the transition from a local renovation to a more industrialized one. “We need an industrial answer to an industrial issue”. This requires training, industrialization and cooperation.

All in all, what these research groups showed is the desire for stronger cooperation between the different actors and an increase in the transformation’s speed.

 

Changing the scale

Changing the scale means a deeper study of the political and macroeconomic dimensions. The MEP and rapporteur for the budget Pierre Larrouturou described his desire for a radical transformation. In order to “save the last chance”, he believes that we must invest quickly and quite a lot. Even though the European Commission has taken a major step with its thousand billion Transition Plan distributed over 10 years, it remains too little compared to the urgency of the situation. The MEP therefore suggests the creation of a “European Bank for the Transition”. He still recalls the key role that the territories play in this transition, since they are the places where relations are created.

 

The future of the World Forum

The World Forum does not only last three days, but rather all year long thanks to the Réseau Alliance which develops concrete projects like the Maison Super Locale, or “Super local House”. It is a house of “joyful ecology” which encourages sustainable economic projects and allows for social bonds to be formed. The first house of this kind will be rapidly set up in Roubaix.

The next World Forum edition will be organised with the Clean Tec group and will be accessible to a wide public. As Jean-Pierre Letartre pointed out, thinking about the different scales for action is the priority. We stand at a crucial stage: the one of the last chance, but also the one of all our hopes. Even though the World Forum is over for this year, the transition towards a sustainable economy has only begun.

 

Matteo Darnet, translated by Jeanne Pavard

La mobilité durable : clé de la transition entrepreneuriale

Le trajet domicile-travail des salariés est un impératif à prendre en compte par les entreprises durables. Pour Louis-Philippe Blervacque, président de la Chambre des Commerces et de l’Industrie, il est important pour les employés de pouvoir se rendre sereinement au travail. Cela passe par la bonne condition du voyage qu’ils effectuent mais aussi par le respect de l’environnement. C’est dont là où réside l’enjeu de la mobilité. Les entreprises qui décident d’y participer doivent générer un certain intérêt auprès de leurs agents afin de modifier leur comportement. Jean Pierre Letartre, directeur de Réseau Alliance, insiste sur le fait que le challenge repose sur une prise de conscience des individus face aux enjeux de la mobilité durable.

 

Le challenge de la mobilité

Mis en place depuis 2015, ce défi crée un certain intérêt auprès des entreprises qui sont chaque année plus nombreuses à y participer. En 2020, ce sont 129 établissements qui se sont inscrits. Valentine Tordeur, chargée de l’organisation du challenge de la mobilité, rappelle que son but est d’améliorer la communication entre chefs d’entreprises et salariés afin d’éveiller les consciences quant à ce sujet. Pour motiver les entreprises à répondre à ce challenge, des lots sont offerts aux gagnants, lots évidemment engagés. C’est le port de Lille qui remporte cette année le prix « coup de cœur » face à huit candidats. Participant pour la deuxième fois à ce challenge, il a obtenu plus de 30% des votes, suivie par le Centre Ressource du Développement Durable et le Basket Club d’Orchies. Pour répondre au slogan « Au travail, j’y vais autrement », les ports de Lille ont pris en compte la mobilité des marchandises et des personnes, participant ainsi à une importante réduction des gaz à effet de serre.

 

Les actions durables des gagnants

Pour vivre une mobilité durable au quotidien, il faut avant tout changer les mentalités. Les entreprises qui se sont lancées dans ce challenge ont pu être nominées dans différentes catégories. Revenons donc sur certaines d’entre elles.

 

L’entreprise INRIA, l’une des lauréates de la catégorie « mobilisation », a décidé d’être présente auprès de ses salariés afin de créer une prise de conscience collective. Même si la crise sanitaire a parfois pu rendre compliquer cette volonté, l’entreprise a toujours réussi à sensibiliser ses collaborateurs grâce aux moyens de communication. L’inclusion des collaborateurs est un élément majeur pour les entreprises. 

 

Jacques Patris, président de ATMO Hauts-de-France, affirme que le confinement a permis une sorte de prise de conscience concernant les moyens de transports. Il promeut en particulier le covoiturage qui devrait selon lui devenir une habitude pour se déplacer. Pascal Bauduin, attaché de direction de l’assurance maladie Lille-Douai rejoint Jacques Patris sur ce fait. Le covoiturage est, à première vue, peu attractif mais la mise en place d’initiatives peut faire changer les comportements. L’assurance maladie Lille – Douai est d’ailleurs l’un des gagnants de la catégorie covoiturage.

 

Hélène Marcq, Responsable du service Développement Durable, Mobilité et habitat indigne de la ville de La Madeleine, rappelle l’importance de motiver les agents. Pour cela, elle propose une récompense pour sensibiliser les acteurs concernés aux mobilités douces : donner des primes d’accessoires, de transports ou encore subventionner les salariés. Quant à la mobilisation des citoyens, cette ville a su fournir les outils nécessaires pour promouvoir une mobilité durable, comme une augmentation des stations de vélos. Ces décisions ont permis à la ville de La Madeleine de remporter, à son tour, le prix de la catégorie des modes actifs.

Quand on pense aux mobilités durables, on pense avant tout aux transports en commun. Selon Pierre Minh Phung Cong, directeur des relations territoriales et communication à la SNCF, c’est 1,1 millions de personne qui ont utilisé le métro, permettant de réduire de huit fois les émissions de gaz à effet de serre. Il est clair sur ce point : utiliser les transports en commun est positif pour la planète et nous mène vers un avenir environnemental plus sain.  Cinq entreprises ont été nominées dans la catégorie des transports en commun dont Keolis, entreprise qui guide les citoyens dans ce mode de déplacement.

 

Durant le confinement, les allers-retours habitat-travail ont bien souvent été suspendus. Les salariés, d’abord sceptiques face au télétravail, ont finalement accepté ce système et s’y sont même familiarisés. Fanny Oliveira admet que celui-ci fait partie des alternatives pour une mobilité plus durable. Julie Xavier, responsable du Pôle Projet et Innovation Sociale chez Vilogia, a affirmé que le télétravail ne fut pas chose évidente au début. Mais il suffit d’une bonne organisation et des outils de qualité pour que les salariés aient un cadre de travail agréable même chez eux ! Sa promotion a permis à Vilogia de remporter l’un des prix de la catégorie télétravail. Quand le déplacement sur le lieu de travail n’est pas nécessaire, télé-travailler rend service à la planète. 

Le mot de la fin revient à Hervé Pignon, directeur régional de l’ADEME Hauts-de-France, qui nous incite à continuer à prendre des initiatives pour avancer toujours plus loin vers une mobilité plus durable. Il est désormais temps de laisser place à l’édition 2021 !

 

Clara Crassard 

Le local, dernière chance de la transition globale

L’ultime et conclusive conférence de ce World Forum pour une économie responsable animée par Jean-Michel Lobry retrace les grands objectifs et réalisations de cette 14ème édition. Malgré quelques problèmes techniques, cette dernière reste globalement un succès pour les organisateurs. Au total, c’est plus de soixante speakers, quarante mille téléspectateurs et quatre mille personnes qui ont suivi les conférences en ligne au cours de ces trois derniers jours.

Parmi la multitude de sujets évoqués, deux thèmes transversaux semblent se dégager. D’abord, le changement d’échelle pour une accentuation à la fois du local et du global. Comme l’ont répété les intervenants tout au long de cette plénière, n’ayons pas peur de « desinstitutionaliser » !

Le thème du lien social n’a également cessé de revenir pendant la conférence. Les différents acteurs de la transition énergétique doivent renforcer leur coopération pour créer une synergie productive. Mais sur quels éléments faut-il se fonder pour l’affirmer ?

 

Reconnecter les citoyens

L’étude « Français Françaises », du groupe BVA basée sur les témoignages de trois mille citoyens français et de millions de journaux, témoigne que la plupart des interrogés souhaitent changer le système capitalo-industriel. Les grandes entreprises sont désignées comme génératrices de précarité, contrairement aux PME. Même si les citoyens espèrent un changement, beaucoup n’y croient plus vraiment. C’est pourquoi il est essentiel que la transition soit inclusive et n’oublie personne.

 

La transformation des territoires

La première partie de la conférence retrace le travail des groupes d’étude qui se sont réunis le matin du 15 octobre autour de quatre enjeux : l’économie circulaire, la santé, la jeunesse et la rénovation énergétique. Ces entités de réflexion ont rédigé des plaidoyers proposant des mesures concrètes de transition.

Le groupe d’étude sur la santé propose d’ouvrir le débat à de nouveaux acteurs et ainsi favoriser cette coopération et cartographier la « météo santé » du territoire. Le groupe d’étude sur l’économie circulaire a cherché à redéfinir et revaloriser les déchets. Celui sur la jeunesse souhaite revaloriser la place du jeune et l’impliquer dans les processus décisionnaires. Finalement, le groupe d’étude sur le renouveau énergétique évoque plusieurs pistes pour passer d’une rénovation locale à une rénovation industrielle. « À problème industriel, solution industrielle ». Cela passe par la formation, l’industrialisation et la coopération. 

Ce qui ressort de ces études, c’est une volonté de plus de coopération entre les différents acteurs et un désir de passer à l’échelle et à l’étape supérieure.

 

« Changer d’échelle »

Changer d’échelle, c’est étudier la dimension macro-économique et politique. Pierre Larrouturou, député européen et rapporteur au budget 2021, a exprimé son désir d’un choc radical. Afin de « save the last chance », il faut investir vite et beaucoup. Bien que la Commission européenne ait fait un premier pas avec un plan de transition à mille milliards d’euros sur dix ans, celui-ci reste assez minime face à l’urgence du moment. Le député propose donc la création d’une banque européenne pour la transition. Il fait toutefois remarquer la place clef des territoires dans cette transition, car ces derniers sont des espaces où le lien se forme. 

 

L’avenir du World Forum

Le World Forum ne s’étale pas seulement sur trois jours mais sur toute l’année avec le Réseau Alliance, qui développe des projets concrets comme celui de la « maison super locale ». Cette dernière est une maison d’écologie souriante qui accompagne les projets d’économie durable et permet de créer du lien social. La première sera bientôt implantée à Roubaix. 

En ce qui concerne la prochaine édition du World Forum, celle-ci sera organisée avec l’association Clean Tec et proposera un modèle distinct et accessible au plus grand nombre. Comme l’a souligné Jean-Pierre Letartre, l’heure est au changement d’échelle. Nous sommes maintenant à un point crucial, celui de la dernière chance, mais également de tous les espoirs. Ainsi, même si le World Forum est terminé, la transition vers une économie durable ne fait que commencer.

 

Matteo DARNET

Politique d’inclusion : quand les RH se mettent au service de la transition

La crise du Covid-19 a eu un impact inédit sur la condition des femmes et des personnes en situation de handicap dans le monde du travail. Mais derrière cette crise et les transformations professionnelles qui en découlent, peut-on voir une opportunité de rendre visible des situations traditionnellement défavorisées, et ainsi promouvoir de meilleures politiques d’inclusion ?

Durant cette session, la responsable RH Jane Harrison nous explique les politiques d’égalité femmes-hommes mises en place dans son entreprise Flex N Gate avec l’intervention de Maleka Dilmi, consultante chez CORIF. Mélanie Vasseur, responsable diversité chez Décathlon, et Marie-Pascale Grenu, ergonome consultante HANDIEXPERH, décrivent leur collaboration pour favoriser l’inclusion de personnes en situation de handicap chez Décathlon.

Faire vivre l’égalité femmes-hommes dans l’entreprise 

Lorsque l’on parle d’égalité professionnelle, il ne s’agit pas simplement d'égalité de rémunération. C’est tout un spectre d’indicateurs qu’il est nécessaire de surveiller et d’améliorer : possibilités de promotion, traitement des maternités, articulation des temps de vie, etc. Il est important de réfléchir aux sources de ces inégalités si l’on veut y remédier. En effet, la question du choix du métier et du poste est indissociable des situations sociétales. On entend parfois que l’égalité professionnelle dans tous les domaines n’est pas souhaitable à cause de la pénibilité de certains emplois. Cependant, cet argument est rapidement démenti par la présence majoritaire de femmes dans les secteurs d’aide à la personne. Nous savons également que ces dernières ne sont pas toujours réellement libres de choisir leur activité professionnelle, devant prendre en compte les tâches domestiques et parentales qui leur incombent la plupart du temps. Pour les intervenants, il n’est plus supportable que 80% des temps partiels soient occupés par des femmes et que ces dernières, bien que plus performantes dans les études, peinent à s’inscrire au sommet de la hiérarchie.

 

Pour animer une politique d’égalité au quotidien, on constate que l’apport d’un regard externe, d’un accompagnement sur mesure et d’idées concrètes, comme le propose le CORIF, s’avère très efficace pour les entreprises. « A Flex N Gate » est un index salarial a été mis en place comme outil de pilotage depuis plus d’un an. Jane Harrison constate que ce dernier a permis de sensibiliser les managers afin de mieux intégrer les femmes dans leur réflexion et stratégie. Parmi les mesures qui se révèlent efficaces, on peut citer l’instauration d’horaires plus flexibles pour aller chercher les enfants à l’école. Il prouve ainsi aux femmes qu’il est possible de concilier vie professionnelle et vie privée. La crise du Covid-19 a donné lieu à une réflexion accrue sur l’articulation des temps professionnels et personnels, notamment grâce à la question du télétravail.  C’est en réfléchissant à la qualité des emplois pour les hommes et les femmes, et en montrant que le bien-être familial passe aussi par l’entreprise que l’on pourra briser le plafond de verre.

 

Soutenir les personnes en situation de handicap

L’arrêt du travail et l’interdiction de se déplacer ont été particulièrement éprouvants pour les personnes souffrant d’handicap. À la reprise, il a fallu se mobiliser pour permettre aux personnes fragiles, en questionnement à cause du contexte et/ou de leurs pathologies, de revenir au travail en toute confiance et sécurité. Les éléments protecteurs (masques, plexiglas) ont entraîné d’autres contraintes, notamment pour les personnes malentendantes ou sourdes qui ne pouvaient plus pratiquer la lecture labiale. Des solutions pour ne pas laisser ces personnes en détresse se sont donc montrées nécessaires. 

 

Décathlon a mis en place une collaboration avec HANDIEXPERH afin de venir compléter sa “Mission Handicap”, instaurée depuis une dizaine d’années. Toutes les personnes en situation de handicap ont ainsi été accompagnées au cours d’entretiens pour qu’elles puissent parler de leurs ressentis et de leurs éventuels besoins d’aménagements. Cette crise sanitaire a permis de sensibiliser le public à la question de la santé au travail. Au-delà, il a libéré la parole de ceux qui n’osaient parler de leurs difficultés auparavant. Il faut désormais capitaliser sur cette avancée, continuer à parler de handicap et de l’importance d’un environnement adapté en entreprise, afin que ces sujets cessent d’être tabou. Il est également essentiel de profiter des opportunités qui se sont présentées ces derniers mois, ne demandant qu’à être poussées plus loin. Par exemple, la demande en vélos a explosée chez Décathlon au sortir du confinement. Cela a permis à l’entreprise de faire appel à des ESAT afin que des personnes exclues du marché du travail intègrent des équipes techniques pour des missions ponctuelles ou au long terme.

 

Si la crise sanitaire a entraîné des difficultés professionnelles certaines pour les femmes et personnes en situation de handicap, elle a également eu nombres d’effets positifs. Elle a ainsi éveillé les consciences, rendu visibles certains problèmes et trouvé des solutions à des problématiques omniprésentes au sein des entreprises. Pour favoriser la diversité et l’inclusion, les responsables RH doivent s’entourer d’experts pour progresser et établir une réelle égalité. Cette dernière est un élément essentiel de la transition sociale actuelle, mais ne sera rendu possible que par une mobilisation générale des entreprises. 

 

Jeanne PAVARD

Martha Herrera Gonzalez : le collectif avant tout

Agir ensemble 

Les défis globaux auxquels il est impératif de répondre ne datent pas d’hier. Mais la pandémie a accéléré les choses en nous rappelant que tous les acteurs économiques avaient un rôle à jouer dans la création d’un monde plus soutenable. La nécessité de travailler ensemble apparait aujourd’hui comme vital. Il faut encourager les gens à être acteur des changements dont la société a besoin. Martha Herrera Gonzalez, directrice RSE Monde chez CEMEX MEXICO souligne le rôle essentiel des jeunes. Ces leaders de l’avenir sont source de dynamisme grâce aux solutions et stratégies qu’ils proposent. 

La pandémie a prouvé que la solidarité était nécessaire à la société. Et d’après l’intervenante, il faut l’intégrer dans notre culture pour la rendre permanente. Cette dernière ne doit plus être exceptionnelle, elle doit faire partie de nos vies quotidiennes. Une fois assimilée dans nos processus décisionnels, nos stratégies et notre culture, alors des décisions solidaires pourront être prises. 

Ainsi, à travers le gouvernement, les universités et les citoyens, le secteur public s’exprime. Néanmoins, le secteur privé est lui aussi mis à contribution. 

 

Une collaboration nécessaire  

La collaboration doit être présente dans l’organisation interne des entreprises ainsi que dans leurs relations avec l’extérieur. Selon Martha Herrera Gonzalez, la responsabilité sociale commence par la collaboration transversale entre les équipes. Mais elle ne doit pas s’arrêter là car les défis à relever sont multifactoriels et complexes. Le développement d’une vision commune permettra une plus grande synergie entre les différents secteurs, qui avanceront davantage dans une logique de co-construction. Faire tomber les frontières existantes est devenu indispensable dans un monde désormais interdépendant et interconnecté pour répondre collectivement aux défis globaux. 

 

Humaniser les entreprises 

La crise sanitaire a montré que les entreprises étaient en première ligne. Mais elles doivent se réinventer afin de rétablir un lien de confiance avec les consommateurs et répondre aux défis auxquels elles font face. Dans son entreprise, Martha Herrera Gonzalez montre qu’une telle relation a été construite au fil du temps grâce à la philanthropie qui les caractérise. Le monde entrepreneurial se doit d’être fiable, cohérent et transparent vis-à-vis de la société civile. La confiance permettra l’unité des acteurs économiques qui adopteront alors une vision commune. Une pensée collective doit remplacer l’état d’esprit individualiste et la recherche du profit pour permettre de plus grands impacts.

Les citoyens mais également les entreprises doivent avoir un but clair, une raison d’être qui pourra générer de la valeur pour le plus grand nombre. L’entreprise CEMEX a choisi par exemple de placer l’Humain au cœur de sa stratégie, fondée sur l’économie, l’écologie et l’environnement. 

Il faut adopter des visions à court mais surtout à moyen et long terme. Les entreprises doivent mesurer leurs impacts, qu’ils soient économiques, environnementaux ou sociaux, positifs ou négatifs. Cela permettra d’améliorer l’écoute et la compréhension entre les parties prenantes. 

Les entreprises peuvent construire une société meilleure et accélérer une culture de la résilience grâce à cette vision collective focalisée sur le « nous ». Elles pourront ainsi jouer un rôle majeur dans la transformation d’un système qui ne peut garder son statu quo. 

Une économie responsable est donc possible et peut être rentable, comme en témoigne l’expérience de l’entreprise CEMEX. Mais Martha Herrera Gonzalez rappelle que ce n’est pas quelque chose d’immédiat. Transformer les modes de vie, de production et de consommation à travers ce nouveau modèle prendra du temps. 

 

Ninon Paulissen