45A - Le bien-être des salariés, des résultats bénéfiques pour tous

Le bonheur au travail, c'est une hypothèse qui divise. Certains en rêvent, d'autres en rient. Mais alors, utopie ou plaisanterie ? Ni l'un ni l'autre selon les personnalités invitées au stand-up du World Forum pour une économie responsable exceptionnellement installé à la Rochelle.
Avant de les rendre heureux, il faut déjà s'intéresser au bien-être des salariés. Pour Pierre Moniz-Barreto, cela commence par la décélération du temps. Fervent du slow bussiness, il est l'auteur du livre Slow business, ralentir au travail et en finir avec le temps toxique. Dans cet ouvrage il expose notre rapport au temps, cette perpétuelle «course contre la montre» que nous menons au quotidien. Il présente sa théorie de la «pauvreté temporelle», qui consiste en trois points : l'accélération des échanges par la multiplications des moyens de transports, la multiplication des outils technologiques, et l'augmentation constante des flux d'information. Ces éléments rendent l'humain pauvre de temps. Il travaille sous le diktat du «workaholism» (dépendance au travail), et en plus, il doit travailler toujours plus et plus vite. Pierre Moniz-Barreto revisite la vision du temps. Il ne s'agit plus de courir le plus vite, mais d'être plus endurant. «Il faut savoir prendre son temps» disait Calvin Klein. L'objectif : trouver le « Tempo giusto », c'est à dire la bonne mesure afin de maîtriser un rythme de travail plus sain pour que les salariés aient moins de pression.
Réduire le temps de travail
Alexandra Gamarra pense aussi au temps et aux horaires comme facteurs de bien-être pour les salariés. Fort de son expérience en Colombie, où elle travaillait excessivement tard, elle est à même d'expliquer combien c'est difficile de rester productif au-delà d'une certaine durée de travail. Elle a ensuite déménagé à Londres, où elle a découvert un tout autre modèle de travail. A 17 heures, tout le monde rentrait chez soi: journée terminée ! Au départ, cela la perturbait, puis, petit à petit, elle a ressenti les effets bénéfiques de ces journées raccourcies. Elle pouvait passer du temps avec ses enfants et son mari, mais surtout, sa productivité s'est largement accrue. Elle s'est rendue compte quand on ne surmenait pas les employés, ils devenaient plus performants. Elle a alors créé un logiciel, Usetime, pour aider les entreprises à gérer leur temps. Les heures supplémentaires, ce n'est que du temps de perdu pour l'employé comme pour l'entreprise. Il faut donc prendre en compte les capacités de travail de chacun pour adapter le temps de travail, et non l'inverse.
Intégrer les personnes marginalisées
Les capacités de travail, c'est aussi un sujet qui préoccupe Jamie Burton, la vice-présidente de Dolphin. Son projet: intégrer les personnes marginalisées, surtout les personnes handicapées, dans le monde du travail. Pour elle, il est nécessaire de reconnaître le potentiel de tous, y compris des personnes en difficulté. Malgré leur handicap, ces personnes peuvent contribuer au bon fonctionnement des entreprises. Elles sont même heureuses de pouvoir intégrer cette communauté du travail, d'être considérées comme tous les autres. Ici, on leur accorde une importance, ils sont estimés pour leurs aptitudes. Et grâce à cela, on obtient la meilleure des récompenses: la joie de ces personnes d'être reconnues pour leur talent.
Oui, un monde où le salarié est moins stressé et plus productif existe ! Il faut pour cela accepter de ralentir, d'être patient dans son processus de production. Il faut aussi être prêt à modifier les emplois du temps, en réduisant le temps de travail. Et pour finir, il ne faut pas négliger les personnes en difficulté, il serait dommage de passer à côté d'un génie pour les mauvaises raisons !
Noëmie ROBIN – ESPOL Lille