22C - Mesurons !

L'économie responsable oui, mais comment mesurer son impact ? Momo Mahadav, Hélène Valade et Bert Van Son révolutionnent le monde de l'entreprise en proposant des outils de mesure: les indicateurs de performance. Il nous les ont présenté mardi lors de la journée strasbourgeoise du Word Forum.
D’une approche nationale à une approche plus globale en passant par un cas pratique, nos trois invités partagent leurs modèles de mesure réellement révolutionnaires.
2 approches, une seule révolution
Momo Mahadav, directeur de Maala, organisation créée dans le but de promouvoir la responsabilité sociétale et environnementale, prône une mesure à l’échelle nationale et concentrée principalement sur la compétition. Basée en Israël, son entreprise propose des critères de notation pour évaluer le« bon comportement » des entreprises. Ces critères de bonne conduite doivent être impérativement acceptés et approuvés volontairement et doivent aussi témoigner d’un consensus. Mais ce n’est pas tout: ces règles ne sont pas universelles, elles doivent répondre aux besoins du pays. En effet, l’Israël et la France ne gèrent pas le même type d’attentes sociétales. Ainsi, son entreprise a mis en place un index de 120 questions répartissant les entreprises, israéliennes uniquement, sur quatre niveaux en fonction de leur responsabilité. En résumé: « pensez global mais agissez local ». Grâce à cette notation, les entreprises se retrouveront en compétition, ce qui permet de motiver les acteurs et de faire en sorte que ceux-ci s’engagent d’autant plus dans le processus.
Pour Hélène Valade, directrice du développement durable de Suez, il s’agit plutôt d’une approche globale qui ne requiert ni consensus ni compétition. C’est une façon de mesurer où chaque acteur est amené à penser différemment pour passer d’un monde ancien, arrogant et sûr de son savoir, à un monde qui se dirige vers un nouveau modèle économique: l’économie circulaire.Pour le groupe Suez, mesurer cette performance a deux objectifs: rendre compte du changement et le piloter. En rendant compte, les entreprises acceptent aussi de rendre public les mauvais résultats comme les bons. Et piloter le changement tout simplement parce que mesurer les impacts d’une politique permet d’en voir les résultats. Selon Hélène Valade, seul 5% de membres d’une entreprise convaincu permet de mettre en place cette révolution. C’est un monde qui a besoin de changement, et ces 5% convaincront les 95% restant durant le processus. L’approche reste très différente de celle de Momo Mahadav. Pour cette grande firme multinationale, il faut penser global même sil’implémentation doit s’adapter à chaque pays. Chacun a sa méthodologie mais le résultat reste garanti dans les deux cas.

Un cas pratique : Mud Jean, « Louez un jean »


Bert Van Son nous offre un exemple très concret de ce qu’est une entreprise engagée dans le développement durable et l’économie circulaire. Son concept est très simple : achetez un jean, portez-le, puis une fois qu’il ne vous va plus, renvoyez-le. Ce jean ne sera pas réduit en poussière mais en coton (équitable !) pour se réincarner en un nouveau jean ! Le trajet du jean n’est plus linéaire mais circulaire : « Les déchets deviennent les ressources des autres » pour reprendre les mots d’Hélène Valade. Ces jeans sont à base de coton équitable, n’ont pas de d’étiquette en cuir, sont produit le plus près possible de chez nous (Italie et Tunisie) et sont lavés grâce à des nouvelles techniques qui n’abîment ni le jean, ni l’environnement. Mud Jeanest, sans surprise, victime d’un succès croissant grâce aux médias sociaux qui leur attirent une clientèle soucieuse de l’environnement et du modèle économique choisi.
Les fourches et les torches de la révolution sont levés pour forcer les entreprisesà adopter un modèle économique responsable et circulaire. Comment le garantir ? Mesurez ! A vos indicateurs, prêt, partez !

Eléonore Lauret - ESPOL Lille