12B - "Dans notre société, soit on intègre tout le groupe, soit ça ne marche pas"

Face to face avec Julian Troian, d'Etix Everywhere.
Eléonore Lauret : Quel a été le facteur qui vous a fait quitter une multinationale pour devenir le numéro 7 d’une start up ?

Julian Troian : Alors, chaque fois que j’ai changé d’entreprise, je l’ai fait parce que j’avais compris que j'allais atteindre mes limites, et les limites de ce qu’il m’a été autorisé de faire. Exemple, l’avant dernière société où j’étais, au bout de deux ans, est replongée à l’état initial où elle était avant de je l’intègre, ce qui m’a fait mal. J’ai accepté la situation, parce que le pacte avec le fondateur était de créer une société qui n’existait pas, depuis le jour 0. On devait bâtir tout ça.
Etant donné que je donne des cours à des MBA, je fais du bonheur au travail et de la positive psychology, des éléments d’étude. Et je me suis dis qu’il fallait voir si en partant de 0, avec des bases très solides, il était possible de réaliser un lieu de travail de rêve. Au bout de 2 ans, ça a marché. C’était une expérience, un laboratoire.

E. L. : Le système « godfather » et celui du passeport est-il, selon vous, imaginable pour de plus grandes entreprises ? Faut-il au contraire s’adapter à chaque entreprise ?

J. T. : Pour toutes les entreprises, le problème, c’est qu’il faut convaincre tous les collaborateurs de son importance. On n’est pas tous obligé d’y adhérer. Un ancien collaborateur est parti de chez nous parce qu’il n’était pas emballé par ce projet. Je lui ai donc fait remarquer que dans les autres entreprises, c’est complètement différent. Dans notre société, soit on intègre tout le groupe, soit ça ne marche pas. Il m’a demandé si j’étais en train de le virer, je lui ai répondu que l’on ne virait personne, les personnes démissionnent si elles ne sentent pas dans la même dynamique. Au bout de deux semaines, il est parti.

E. L. : Vous vous êtes principalement concentré sur l’intégration dans l’entreprise lors de votre présentation, l’intégration serait-elle le pilier du bien-être ? Serait-elle déterminante pour qu’un collaborateur trouve un certain bien-être dans son travail ?

J. T. : Non, il y a aussi tout le reste. Mais ça aide beaucoup, ça démontre ce qu’il se passe. J’ai vraiment vu des talents, déçus, partir au bout de 6 mois. Ce n’est pas possible: on a promis la lune et on n’est même pas dans la fusée pour partir.
A coté de ça, il y a tout le reste. Il y a un coté de l’entreprise où tout le monde est libéré. Chez nous, tout le monde peut lever la main. En réunion jeudi dernier, avec le fondateur et tout le groupe, nous avons décidé d’éliminer le titre de manager, ça n’existera plus. On va travailler par groupes de travail : il y aura un responsable de projet, qui exposera les compétences dont il aura besoin, et qui est intéressé se manifestera. On s’assemble et on désassemble tout le temps.
Propos reccueillis par Eléonore Lauret - ESPOL Lille