12B - Le bonheur au travail, facteur de performance ?

Jean Duforest, Julian Troian et Salvatore Curaba sont venus parler bonnes pratiques et bonheur au travail comme promoteur de la performance au sein de l'entreprise, au World Forum Lille !
Nous pouvons nous interroger sur les multiples composantes permettant le bonheur au travail. En effet une écoute du personnel, la reconnaissance de l'action réalisée, encourager la prise de responsabilité, les services offerts par l'entreprise pour faciliter la vie quotidienne: tous sont des éléments participant à une certaine qualité de vie.
Julian Troian, Human ressources director and chief happiness de la start up Etix Everywhere, fait un parallèle entre les éléments nécessaires à mettre en oeuvre pour que les employés soient heureux avec les besoins des enfants. Des attentes claires, une mise en valeur des qualités et des encouragements en sont les composantes essentielles. Loin s'en faut de promouvoir un modèle de chef d'entreprise paternaliste et entravant l'autonomie de ses employés. D'ailleurs, chez Etix Everywhere, tous les employés sont actionnaires et de fait investis dans le succès ou l'échec de l'entreprise dans laquelle ils travaillent.
Cependant, comme le rappelle Julian Troian, "il n'y a pas de formule magique" pour le bonheur au travail, tout dépend de l'entreprise.
L'absentéisme: premier révélateur du niveau bonheur au bureau
Pour autant, nous devons renouveler notre façon de penser. Pourquoi parlons-nous d'investissement quand il s'agit de la maintenance et de l'achat de machines alors que nous parlons de coûts dès lors qu'il s'agit du personnel ? Julian Troian affirme que les machines préviennent par des signaux sonores de leur panne imminente, mais que les hommes aussi nous informent de leur état et de leur motivation. Un absentéisme et des arrêts maladie croissants sont des indicateurs de démotivation des salariés.
L'absentéisme, Salvatore Curaba, fondateur d'EASI et meilleur employeur 2015/2016, n'a pas du tout à s'en plaindre dans son entreprise. Il révèle avec fierté que son "taux de présentéisme" est de 99,2 %. Ce chiffre est pour lui un indicateur du bonheur qui est le mot d'ordre dans son entreprise . Selon lui, le bonheur est un prérequis essentiel pour l'innovation, l'excellence et l'esprit d'équipe. "Le bonheur de mes employés est ma priorité, il passe avant celui de mes clients", dit-il. Et pour cause, si ses employés sont heureux, ils seront pertinents et satisferont les attentes des clients. S'il en est persuadé, c'est parce qu'il sait de quoi il parle: ce sont les manquements de ses anciens patrons qui l'ont amené à monter sa propre entreprise et à insister sur les notions de bonheur, de confiance, et de reconnaissance. Aujourd'hui, 41 de ses 170 employés sont actionnaires et la fonction de manager n'est accessible qu'aux employés de l'entreprise créant ainsi une prospective d'avenir et un cercle vertueux de confiance.
Miser sur l'intégration
Julian Troian, insiste sur l'importance de l'intégration au sein de l'entreprise. Un employé intégré est un employé heureux. Il a constaté que dans de nombreuses start-ups, un tiers des employés démissionnait au bout des six premiers mois et que cela occasionnait des coûts conséquents dans la recherche de nouveaux employés. Une fois interrogés, un tiers des démissionnaires attribue le départ à un mauvais processus d'intégration.
C'est pour cela qu'il a développé au sein d'Etix Everywhere un programme de parrainage et un passeport Etix visant à accueillir les employés et à les intégrer activement dans la communauté. Le passeport Etix contient une trentaine de tâches à réaliser par l'employé nouvellement embauché de la start ups durant ses quatre premières semaines. La validation du passeport est le rôle du parrain, choisi par l'employé sur la base d'un Facebook interne. Une fois toutes les cases cochées, le nouvel arrivant a pu être familiarisé avec le fonctionnement de l'entreprise et rencontrer ses collaborateurs.
Cependant, le concept de bonheur au travail n'est pas antithétique avec celui d'efficacité. Comme l'annonce Julian Troian, dans une entreprise "on n'est pas la pour s’amuser , mais pour faire du business". Si on comprend l'humain on peut œuvrer pour lui faire retrouver de l'intérêt, de la passion et le résultat pour l'entreprise sera au rendez-vous. C'est ce que partage les trois intervenants : le sentiment profond qu'un employé heureux est un employé performant.
On peut supposer qu'une telle conviction, si elle était répandue, entraînerait une croissance des pratiques visant à promouvoir le bonheur au travail.


Camille Bitton - ESPOL Lille