11A -  L'économie responsable dans les entreprises est une question de survie 

C'est parti ! La dixième édition du World Forum de Lille a été lancée. Cette année, une question :  L'entreprise, pour quoi faire? . Face à face avec le fondateur du World Forum, Philippe Vasseur.
Marine Souxdorf : Pourquoi la question « Entreprise, pour quoi faire ?» est-elle d’actualité en ce moment ?
Philippe Vasseur : Elle est d’actualité parce que nous sommes en train de vivre des mutations économiques profondes, des bouleversements qui sont considérables. On n’en a pas toujours la mesure et on ferait bien de regarder un peu derrière nous pour voir ce qui est arrivé. Par exemple, l’émergence des impressions 3D, ou encore bientôt les voitures sans chauffeur, etc. Il y a énormément de mutations, de bouleversements en cours qui mettent en cause notre façon de concevoir notre entreprise. Aujourd’hui le travail ne se produit plus, ne s’imagine plus comme il était hier, donc l’entreprise est obligée de se remettre en question.
M. S : Et donc, l’entreprise, pour quoi faire ?
P. V : Je pense que l’entreprise est là pour jouer un rôle dans la société, pour rendre des services à l’ensemble de la société. C’est véritablement s’occuper d’autre chose que la seule rentabilité financière. Bon, bien sûr, la rentabilité financière, c’est nécessaire, il faut y faire attention et ne jamais la perdre de vue. Mais on ne peut plus s’arrêter là.
On voit bien qu’il y a des aspirations profondes, notamment dans le domaine de l’environnement, de l’emploi. Et on demande à l’entreprise, en quelque sorte, de faire ce que les pouvoirs publics ne font pas. Donc plein de questions se posent : jusqu’où peut-on aller ? Que peut-on demander à l’entreprise ? Que peut faire l’entreprise et quel est l’intérêt pour l’entreprise de rentrer dans cette économie responsable que nous cherchons à promouvoir ?
M. S : L’économie responsable est-elle un enjeu de business ?
P. V : Oui clairement, c’est un vrai enjeu de business! Ce n’est pas seulement une envie de bien faire, il en va carrément de la pérennité des affaires. Le business demain ne se fera pas comme on le faisait hier. On ne peut plus se dire : « je me préoccupe uniquement de mon compte d’exploitation et point final ». Il faut s’occuper de problèmes plus compliqués. Je pense vraiment que c’est une question de survie.
Ca va plus loin que de juste calquer des préoccupations environnementales et sociales sur le monde de l’entreprise, c’est vraiment de les faire rentrer au coeur du business de l’entreprise. L’entreprise doit revoir son management, sa façon de travailler, mais aussi prendre en compte l’intérêt de toutes les parties prenantes. Et quand un grand patron comme Antoine Frérot (PDG de Véolia) dit qu’il faudrait faire rentrer des représentants des clients et du territoire dans le conseil d’administration, c’est une idée révolutionnaire !
M. S : Vous avez lancé le tout premier World Forum il y a dix ans. Où en est-on aujourd’hui ?
P. V : On a énormément progressé ! Les réalisations qui ont été effectuées n’auraient pas pu avoir lieu il y a une dizaine d’années. C’est vrai, il y a dix ans on n’était pas dans le même système qu’aujourd’hui. Uber n’existait pas par exemple. Aujourd’hui, on se pose de nouvelles questions sur l’émergence de ces nouveaux modèles économiques. Par exemple : comment peut-on faire en sorte que ces nouveaux modèles aillent dans le sens de la responsabilité, c’est à dire de la satisfaction de l’ensemble de la société ?
Propos reccueillis par Marine Souxdorf - Université Libre de Bruxelles (Master Journalisme)