11A - L'entreprise, pour quoi faire ?

 Rien n'est plus contagieux que l'expérience . En citant La Rochefoucauld, Philippe Vasseur donne le ton de cette dixième édition du World Forum for a Responsible Economy.
L’ancien ministre de l’Agriculture voit en cette édition le début d’un nouveau cycle, qui se voudrait davantage responsable tout en restant visionnaire. Dix ans auparavant, des projets désormais concrets n’étaient que des ébauches qui, au mieux, faisaient sourire. L’impression 3D ? Impossible à l’époque. Uber ? Trop compliqué à mettre en place. Les visionnaires d’hier sont les entrepreneurs d’aujourd’hui, les pionniers de demain.
L’économie responsable au coeur du débat
Coup sur coup, les grandes thématiques du World Forum de Lille sont énoncées sans en omettre par peur de démanger l’audience : l’intelligence artificielle, la prétendue destruction créatrice, la relation jugée trop peu étroite entre l’Etat et les entreprises. Si le World Forum for a Responsible Economy reste un lieu d’échange et de débat, Philippe Vasseur n’hésite pas à proposer d’emblée sa vision de ce que doit être la politique publique de demain : pourquoi punir les mauvais élèves au lieu d’encourager les meilleurs ? L’incitation fiscale, voilà une des premières mesures à mettre en œuvre.
Antoine Frérot, Président Directeur-Général de Véolia, ainsi que Laurence Brahm, créateur de l’Himalayan Consensus et intervenant à l’ONU, arrivent sur scène. Duo détonant, les deux intervenants livrent tour à tour leur vision de ce que doit être l’économie responsable. Pour le dirigeant français, « l’économie responsable est la seule manière d’imaginer la façon dont le business peut survivre ». Sans pérennité et vue sur le long terme, notre modèle économique ne pourra survivre. Laurence Brahm appuie la thèse de son homologue, en ajoutant au discours économique une touche écologique. Selon l’ancien avocat, « des forums tels que celui qui démarre aujourd’hui sont cruciaux afin de repenser notre économie ».
Entreprise et société
Antoine Frérot, au pupitre, livre son analyse sur l’entreprise et développe un plaidoyer quant à la mission de l’entreprise au sein de notre société. La vision d’une entreprise, le long terme, voilà deux sujets sur lesquels le Polytechnicien se penche. Dès lors, l’entreprise, pour quoi faire ? En crise de confiance envers les grandes firmes, notre société comprend un paradoxe qu’Antoine Frérot souligne : l’entreprise n’est pas aimée, mais « on la pleure lorsqu’elle disparaît ». Il livre deux crédos, leitmotivs de sa façon de penser.
Tout d’abord, l’entreprise est le principal lieu de richesse, et l’économie est un jeu à somme positive. Dans ce sens, les collectivités locales, régionales et nationales doivent créer un environnement favorable pour favoriser son développement. Enfin, l’entreprise est « un outil d’intérêt général ». Spécialiste dans le renouvellement des eaux, Antoine Frérot ne recycle cependant pas les idées et propose d’inviter aux conseils d’administration des représentants des clients, des territoires, de la jeunesse. De plus, l’intérêt des parties prenantes doit être étudié et pris en compte au prorata de l’investissement qu’elles fournissent, afin de rééquilibrer la balance d’influence au sein de l’entreprise.
Laurence Brahm, quant à lui, développe son discours sous un autre angle, mettant la planète au centre de la réflexion. Ses plus grandes leçons, il ne les a pas reçues sur les bancs de la Faculté de Droit de Hong-Kong, mais bien à la rencontre de créateurs, d’innovateurs dans les endroits pourtant les plus reculés du globe. Convaincu de l’importance du discours écologiste qui doit permettre de basculer d’une économie du profit vers une économie responsable, cet activiste rejoint Antoine Frérot sur la question essentielle de la gestion des ressources. En fin d’intervention, il cite une agricultrice, au détour d’une discussion, lui avait dit qu’elle ne s’intéressait au développement de ses terres, mais plus précisément à sa préservation.
En fin de séance, le choix de combiner un PDG d’une entreprise du CAC 40 et un expert des questions socio-environnementales s’avère être judicieux. Rebondissant à la suite de plusieurs questions pertinentes au sein de l’audience, Laurence Brahm conclue « Demain, nous pourrons donner à nos enfants de l’argent, une éducation, une voiture. Mais pourrons-nous leur donner de l’eau ? ».
Pierre Arnal - Espol Lille