Osons une économie modèle nature !

L'unité est sans appel, les curieux se sont mélés aux experts, et les universitaires ont pris place à côté d'étudiants rigoureux. Le biomimétisme, thème du dernier atelier de la journée, rassemble cinq intervenants et une soixantaine d'auditeurs. Très vite, les pensées oublient la nuit maintenant tombée et se plongent dans les beaux jours que le biomimétisme a devant lui.
Alain Renaudin, responsable de communication du Centre d'Excellence Européen de Biomimétisme de Senlis, le sait ; parler biomimétisme, c'est faire face à un problème. Comment répondre aux attentes des auditeurs en quête d'expertise tout en restant totallement intelligible pour ceux qui ne connaissent pas ou prou le sujet ?

A l'affolement préférons le recours à la fabuleuse Janine Benyus, pionnière du biomimétisme. Il s'agissait pour elle d'une « démarche d’innovation, qui fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes, afin de produire des biens et des services de manière durable, et rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. »

C'est maintenant l'architecte américain Michael Pawlyn qui présente ses travaux à la lumière d'exemples variés. Son architecture, comme celle de Steven Bakers qui s'apprête à prendre la parole après lui, s'inscrit dans une recherche de performance. Mais ne nous trompons pas, si l'esthetique des projets est indéniable, les deux architectes sont ici pour parler de performances énergétiques et environnementales. C'est ici que la nature apprend beaucoup à l'homme qui l'étudie.

Aussi, il est nécessaire que les différents corps de métiers partagent leurs expertises ou, comme l'exemple Alain Renaudin, que les ingénieurs du BTP rencontrent les physiciens. C'est de ce partage de connaissances que naissent des progrès considérables. Une fois encore, quelques exemples éclairants sont livrés. Ainsi, l'étude de la coquille de l'abalone – un mollusque marin - a révolutionné la composition de certains matériaux de construction. Ils sont désormais plus résistants et moins sensibles aux vibrations. Au Japon, le martin-pêcheur s'est invité aux autres prototypes pour définir la forme du train à grande vitesse, le Shinkanzen. La tête du train en forme de bec a permis de baisser de 10% la consommation électrique et d'augmenter de 15% sa vitesse.

L'économie circulaire, grande sœur du biomimétisme, a fini par prendre part à la discussion. Steven Backers, qui prône le « Cradle to Cradle », a souligné l'importance de donner de nouvelles vies aux biens après leur premier usage. Ainsi, un morceau de bois jusqu'à sa réduction en cendre utilisable comme engrais.

Enfin, Jerôme Michaud-Lariviere a insisté sur l'opportunité que présente le biomimétisme pour l'entreprenariat. Y a t-il plus belle vocation que de se découvrir entrepreneur en observant la nature ? C'est ainsi que le Président fondateur de New Wind r&d, observant le tronc des arbres puis leurs feuilles a mis au point sa création : l'arbre à vent. Après tout, quoi de plus normal puisque, comme nous le rappelle un intervenant, « la maison est un arbre, la ville est une forêt ».



Augustin Ternynck