L'éthique surpasse le profit - Interview de Gérard Boivin

Gérard Boivin, président de la commission qualité-nutrition de l'ANIA*, nous a livré ses positions concernant les défis croissants de notre alimentation. Persuadé que des progrès sont possibles grâce à l'éducation contre la malbouffe , l'ex-directeur du groupe Bel se fait le porte-parole d'une alimentation dite 1e médecine.

Avec le rachat de Boursin pour 400 millions d’euros, celui de Leerdammer au néerlandais Wessanen, vous étiez «l’homme de l’international» dans le groupe Bel. Cette «folie des grandeurs» ne vous a-t-elle pas éloigné de votre éthique et de votre respect du consommateur ?
Gérard Boivin : Bien au contraire ! Mon souhait de nous étendre à l’international a toujours été accompagné de l’obligation de m’adapter au local. C’est d’ailleurs ce qui a fait la force du groupe Bel : notre marketing de qualité. En répondant aux besoins précis d’une population, je pense notamment au Maroc ou à l’Algérie, non seulement nous maximisons nos chances de nous développer dans cette zone, mais nous respectons également les consommateurs qui recherchent un certain plaisir à consommer nos produits et des apports nutritionnels adaptés à leur mode de vie. Notre internationalisation est pour moi ce qui nous est arrivé de mieux.
Comment avez-vous pu concilier la hausse des prix des matières premières avec des produits bon marché et sains ?
Gérard Boivin : Par la gestion des marchés. Nos estimations financières nous ont permis de ne pas faire de mauvaise manœuvre, je pense notamment à la crise de 2008. Je me rappelle des prix qui augmentaient, et le groupe Bel a décidé d’augmenter ses tarifs. Le groupe Bongrain, lui de son côté pensait que cette situation allait vite s’inverser et qu’il lui fallait vendre à tout prix. Mais cela s’est passé autrement, les prix ont continué de grimper, nous sommes restés compétitifs et rentables alors que Bongrain est sorti du jeu. Voilà pourquoi, grâce à nos expertises, nous sommes toujours présents pour fournir nos produits à de bons prix étant donné la conjoncture actuelle.

Avez-vous rencontré certaines difficultés à imposer votre éthique chez Bel, malgré la pression du profit ?
Gérard Boivin : Je ne vais pas vous mentir, tout n’est pas parfait dans une entreprise agroalimentaire. Il y aura toujours certaines personnes qui n’auront pas de scrupules à délocaliser, à augmenter leurs prix, et qui ne penseront pas aux consommateurs. Néanmoins, mes collaborateurs me prêtent des qualités de manager, j’ai toujours lutté pour imposer mes idées. Je n’ai jamais délocalisé, j’ai toujours respecté l’information du consommateur et me suis battu pour le respect de sa santé et pour sa prise de conscience en matière de risque sanitaire. Je ne peux pas vous dire que sans mon intervention, le groupe aurait mené des pratiques à l’encontre de mon éthique, mais il est toujours bon de re-préciser certains principes.

Victor Morelle
D'après la conférence plénière du World Forum Lille à Arras 8C : Défi Aimentation et santé - 22 Octobre 2014

*Association Nationale des Industries de l’Alimentaire