L’engagement de Majdouline Sbai : de la perception à la concrétisation

21E – Entreprises et consommateurs ont le pouvoir de changer la mode !

 

À l’occasion du workshop Entreprises et consommateurs ont le pouvoir de changer la mode, nous avons rencontré Majdouline Sbai, figure du changement au travers de son engagement tant personnel que professionnel, notamment au sein de NordCréa. Découvrez le parcours de l’une des actrices du monde de demain.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Majdouline Sbai, sociologue spécialisée dans l’environnement, auteure d’un livre qui s’appelle Toujours moins cher... mais à quel prix ? Huit actions pour rendre la mode éthique, membre de NordCréa, et animatrice des Fashion Green Days, le forum de la mode circulaire.

 

Qu’est-ce que NordCréa ?

NordCréa est une association qui a été créée en 2015 et dont l’objectif est de promouvoir les innovations sociales et écologiques dans la filière textile mode et habillement de la région Hauts-de-France. Notre objectif est de rendre l’industrie de la mode zéro carbone, zéro plastique, zéro déchet et de faire en sorte que ce qui peut apparaître comme une contrainte — réduire les impacts sur l’environnement — devienne une opportunité de renouveler la filière dans la région. [Cela permettrait, en outre, de] maintenir et de créer de l’emploi.

 

Vous définissez le thème de cette treizième session du World Forum, Ego Imperium, comme la capacité de changer l’histoire. Et vous, comment changez-vous, ou comment voulez-vous changer l’histoire ?

© Maxime Dufour Photographies

Maxime Dufour Photographies

Le principe de la démarche que l’on mène, c’est d’abord de prendre conscience de la réalité de l’état dans lequel on est, nous. Et notre environnement. Et notre entreprise. Et notre marché. Et notre activité. Cette prise de conscience profonde est l’étape numéro un. Elle doit [dépasser] les apparences et avoir une vision qui ne se limite pas à l’instant présent mais qui prend en compte le passé — l’histoire —, et le futur. Le textile, la mode et l’habillement, c’est l’histoire de l’effondrement d’une industrie manufacturière.

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans l’économie de la distribution, avec des enseignes qui vendent ici mais qui produisent ailleurs. Est-ce qu’on ne pourrait pas [revivre cet effondrement] ? Dans le passé, on n’a pas anticipé ces choses-là, mais aujourd’hui, on peut les anticiper. Donc, participer, c’est regarder le monde qui vient. Et le monde qui vient, c’est un monde où la planète ne peut plus supporter la manière dont on prélève les ressources, la manière dont on détruit la biodiversité, la manière dont on met en danger l’équilibre climatique. C’est aussi un monde où les consommateurs ont des attentes, [d’où la nécessité] de transformer l’industrie. Cette prise de conscience est l’étape numéro un.

[L’étape suivante,] c’est l’action collective, [profiter de] la mise en mouvement pour se lancer, pour faire un premier pas, qui en entraînera un second. Parfois ce sont d’autres qui vous poussent, parfois ce sont des dynamiques.

 

Il faut dépasser les frontières : ce ne sont pas les méchants qui polluent et les gentils qui constatent que ça pollue. Il faut créer de nouvelles alliances entre entreprises et citoyens qui dépassent les clivages du passé, et bien que je sois une militante engagée pour une écologie plutôt décroissante et anticapitaliste, je n’ai pas de difficultés à me dire qu’il faut absolument qu’on travaille [sur ces alliances nouvelles].

 

Quand et par quels moyens avez-vous commencé à vous engager, à changer l’histoire ?

Moi, j’ai commencé très tôt. Il y a toujours un scandale qui nous fait démarrer. Moi, j’étais adolescente et dans mon quartier de Roubaix, il n’y avait pas d’argent du tout. Tout le monde était au chômage. Les gamins restaient dans les rues à ne rien faire, et ça se terminait plutôt mal pour eux. Ça, c’est mon scandale. J’ai donc simplement commencé dès que l’opportunité s’est présentée. Une association de scoutisme s’est installée dans le quartier, elle proposait de faire des sorties avec les enfants bénévolement. J’avais quinze ans et j’ai dit « Moi je veux donner un coup de main, parce que c’est scandaleux ce qu’il se passe ! », et c’est comme ça que j’ai commencé à m’engager. Pendant des années j’ai emmené des gamins en week-end, et campé en plein air pour éviter qu’ils ne restent sans rien faire. Ça me permettait également de sortir et de découvrir d’autres choses.

J’ai toujours fait cet aller-retour entre l’action concrète et le témoignage. J’ai ainsi trouvé une fonction dans une radio locale où j’animais une émission qui s’appelait Citoyen d’abord. J’ai rencontré des copains avec qui j’ai monté une université populaire et citoyenne qui donnait des cours aux adultes. J’ai par la suite participé à la réalisation de projets coopératifs : un restaurant coopératif, une ferme, ... Plein de choses, plein d’initiatives qui contribuent à changer le territoire. Puis j’ai été élue [Vice-Présidente du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais], et j’ai toujours continué [à m’engager].

À chaque étape, c’est toujours pareil, il y a toujours cet aller-retour entre l’action concrète et le fait d’en parler, de témoigner, de raconter, de mobiliser. Quand on arrive à parler à beaucoup de gens et partager ce qu’on constate, on arrive à démultiplier son pouvoir. Et on y trouve une satisfaction parce qu’on voit des curseurs changer, et des choses qui étaient inaudibles être entendues.

 

Sarah MORES
@sarah_mores