Stirrup : l’entrepreneuriat social au service des sans-abris

14A – Le Pouvoir des start-ups pour changer le monde : comment les entreprises s’organisent pour auto-disrupter leur modèle

 

En France, 150 000 personnes sans abri pour trois millions de logements vacants : la corrélation est évidente, et pourtant aucune initiative de ce genre n’avait vu le jour. Stirrup, porté par Delphine Barthe et Isabelle Blaquart, met en lien habitations inoccupées et personne en précarité de logement. Basée sur un modèle « gagnant-gagnant », les propriétaires prêtent gratuitement leur logement et peuvent en échange défiscaliser ce don en nature jusqu'à 66 %. Les personnes sans abri, elles, ont accès à ces résidences sans contrepartie financière pour une durée temporaire. Ce mécanisme permet de facto de favoriser la réinsertion dans la vie économique et ainsi pallier la marginalisation sociale liée à la précarité de l’hébergement.

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© Maxime Dufour Photographies

 

Le thème de cette nouvelle édition : EGO IMPERIUM stimule le passage à l’action, de fait, cette envie d’améliorer notre société a-t-elle toujours été ancrée en vous ?

Profondément j’en ai toujours eu l’envie, j’ai toujours eu l’impression qu’on pouvait changer les choses à son échelle même avec un sourire. Le fait d’oser franchir le pas, c’est parce que j’ai eu un accident de parcours professionnel, j’ai connu un licenciement abusif, du harcèlement. À partir de ce moment-là, j’ai vraiment été en recherche de sens professionnel mais également dans ma vie. J’ai beaucoup plus assumé le fait de vouloir me rendre utile. Le déclic de franchir le pas, je l’avais eu précédemment car j’étais sur un projet entrepreneurial pour résoudre un autre problème de société qu’est l’autonomie des personnes âgées à leur domicile. J’ai donc toujours eu ce côté « vouloir être utile », rendre service, faire ma part en me disant que chacun par une petite action peut faire la différence.

Quand j’ai rencontré cette famille sur le camp de demandeur d’asile, évidemment, ça a changé ma vie, c’est donc par une petite action que ça a commencé et je ne pensais pas qu’il y aurait ces répercussions là et qu’il y aurait une start-up derrière.

 

Avez-vous rencontré des difficultés entre l’idée et l’accomplissement de votre projet ?

Des difficultés, oui il y en a tous les jours, mais quand on est entrepreneur et pas qu’entrepreneur social on est trouveur de solutions. À partir du moment où on prend des risques, il n’y a pas de limites, il a des difficultés mais il y a que des solutions. Donc oui des difficultés il y en a mais ça reste très positif.

 

Comment s’installe le lien de confiance avec les propriétaires mais également avec les personnes sans domicile fixe ?

Sur le côté propriétaire, c’est simple, moi je dois leur garantir que le prêt du logement va être sécurisé, donc même si je suis convaincante, ça ne marche pas comme ça. Ils pensent que c’est sérieux parce que premièrement ils vont gagner de l’argent et Stirrup aussi. Ensuite je mets en place toutes les garanties nécessaires : une assurance habitation de haut niveau pour un prix solidaire et aussi une garantie qui couvre les risques de dégradation et les éventuels frais juridiques. Du côté des personne sans abri, le lien de confiance passe par l’association. Les gens ne vont pas être en lien direct avec Stirrup finalement, c’est comme avec Airbnb, vous ne connaissez pas personnellement quelqu’un d’Airbnb. Là c’est pareil, ils gardent leur lien de confiance et au contraire ça renforce le lien qu’ils ont avec l’association qui les accompagne.

 

À l’heure où l’immigration divise plus qu’elle ne rassemble Stirrup s’impose comme une solution efficace face à la précarité de l’hébergement. Inspirante et audacieuse, cette initiative partie d’un constat du quotidien a réussi à s’implanter dans la région. EGO IMPERIUM : alors pourquoi pas vous ?

 

Romane PETIT
@romane_ptt