Epilogue – Pour une glorieuse épitaphe

C’est avec la clôture que vient le temps de la réflexion. Après trois jours de conférences et de rencontres à travers la Métropole, les portes de la Chambre de Commerce et d’Industrie se sont fermées sur ce qu’était le 12ème World Forum Lillois. Les couloirs se sont vidés des conférenciers, hauts dignitaires, des entrepreneurs et des étudiants ; et sitôt le discours de fin achevé, tous se pressaient vers leurs trains vélos ou taxis.

A la CCI et au Nouveau Siècle, la scène et les stands ont disparu aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Jeudi soir, la nuit et la pluie du Nord ont doucement éteint la flame du World Forum 2018.

Mais nous aurions tort de penser que son histoire s’est achevée par la clôture du forum, ou qu’elle commença mardi matin. La troisième révolution industrielle ne se limite pas à un lieu, une ville, une région où à une semaine. Cette édition plus particulièrement, est preuve que la révolution est plus que jamais vivante, active et universelle.

Au-delà du Forum

Le World Forum for a Responsible Economy se veut être le centre et le départ d’un monde nouveau. La communauté qui s’y rend chaque année est consciente de la gravité de l’heure et des enjeux planétaires à la clef. Le monde naturel que nous connaissons s’écroule en même temps que de nouveaux Etats émergent économiquement.

D’extérieur, cette communauté ne pourrait avoir de commun que le milieu socio-professionnel : des entrepreneurs et businessmen engagés, cherchant à échanger des cartes de visite. Derrière ce professionnalisme évident, un nouvel humanisme émerge.

Les objectifs sont mondiaux – les ODD des Nations Unies font partie intégrante de l’agenda – et la portée planétaire. Les orateurs et modérateurs proviennent du monde entier, et de toutes les sphères professionnelles possible. Ils sont ambassadeurs de leur pays et, à leur façon, représentants de toute l’humanité. Professeurs, politiciens, PDGs, agriculteurs, militants, lobbyistes, artistes… mais mus par une volonté commune d’action.

Dans les halls, restaurants et salons lillois, on a parlé de révolution. Cela fait 12 ans que l’on le dit, qu’on la pense et qu’on l’imagine. Mais en 2018 nous avons dépassé le stade de la simple réflexion : il est temps d’agir pour la société et l’environnement. Après ces années de maturation, la révolution est en route.

Retrouver le local

Dès sa conception, le world forum était déjà international par son audience et ses invités, mais il continue à grandir. En conviant des acteurs du monde de l’entreprise surtout, il s’est élargit vers des sphères plus engagées, des ONG et des associations à but non lucratives, à des projets humanistes et somme. Car tous, quel que soit leur but premier, doivent devenir responsables.

Ceux qui présentaient cette année n’étaient plus ceux qui réfléchissaient à changer leur monde, mais qui l’avaient changé et le changeait encore. Les Rob Hopkins, Vinay Jaju, Judy Wicks, Habiba Al Marashi, Philippe Barre, Paul Saginaw pour ne mentionner que certains d’une longue liste, sont les parents d’une nouvelle vision des choses.

L’idée derrière la thématique du local est primairement économique et sociologique. Promouvoir des entreprises et des projets sensibles au monde proche de celui du travail, et retrouver une sensibilité avec l’écosystème humain qui se construit autour. C’est un esprit particulier qui voit le monde comme une collection de localités qui ensemble, forment une entité plus grande. Il faut alors se concentrer sur ce glocal.

Un esprit révolutionnaire

Jusqu’alors la révolution animait les projets concrets. Mais cette édition sera à toujours marquée par le passage d’une présentation de projets, à celui d’un projet unique. Il s’est construit d’année en année une réelle philosophie à Lille. La troisième révolution est aussi celle des esprits, celle de l’éthique. Elle se caractérise par son universalité et son intemporalité.

Son universalité est telle, qu’elle transcendera certainement les époques. Si c’est la génération présente qu’elle a transformé, elle a commencé à façonner le monde futur. C’est tout l’objectif de Jeremy Rifkin, s’adressant à un public étudiant, ou des projets éducatifs présentés cette semaine.

Le projet Rifkinien est à l’œuvre : Mr Vasseur et son équipe ont réussi à convier toutes les universités des Hauts de France à la signature d’une charte. Ils font promesse de suivre l’esprit éco-responsable dans leur enseignements, pratiques et politiques internes.

Nous sommes la révolution

Enfin, pour que la révolution soit réellement universelle, il ne suffit qu’elle s’adresse à tous, mais qu’elle soit appliquée et vécue par tous. Il arrive un moment où la planète ne peut plus rien pour nous, où les gouvernements ne suffisent plus et où les discours flatteurs ne changeront rien. Philippe Vasseur, dans son préambule au WFRE 2018, parlait d’une destinée commune : le forum entier, était un appel à l’action commune.

Pour Deon Rossouw, c’est une action citoyenne avant tout, qui peut elle seule mener le changement. Il importe que la révolution se fasse du bas vers le haut. Les institutions ne pourront pas dépasser le seuil de la rhétorique si le mouvement n’est pas là. Le local doit changer pour que le monde en fasse de même. L’humanité toute entière, en peuple, est le cœur de la révolution et du changement.

Conclusion

La présence de hauts dignitaires politiques témoigne de leur reconnaissance de cet esprit. La REV3 est avant tout une philosophie humaniste et humaine. Un nouveau crédo, une nouvelle émotion qui animait les discussions autour des conférences : une foi rétablie en l’humanité.

Peut-être partageons nous le chagrin de Yann Arhus-Bertrand, et ses larmes face à l’horreur qu’est la réalité. Mais au moins, si ce n’est pas trop tard, soyons les pessimistes actifs de M. Vasseur. Nous retrouvons foi en un Homme qui reconnait ses erreurs. Nous retrouvons espoir en l’Homme qui travaille à son progrès.

Nous aimons l’Homme qui, s’il ne parviendra pas à sauver son monde, a eu le temps de se sauver, lui.

Matthieu Metivier